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L'équipe de débat d'Harvard battue par une équipe de prisonniers

Un pénitencier dans l'état de l'Oklahoma (illustration)

Un pénitencier dans l'état de l'Oklahoma (illustration) - SAUL LOEB / AFP

Une équipe de détenus du pénitencier de Bard, dans l'état de New York, a réussi l'exploit de battre l'équipe de débat d'Harvard dans un concours d'éloquence. Une juste récompense pour ces prisonniers bien décidés à réussir leur réinsertion.

Sur le papier, le duel semblait totalement déséquilibré. A droite du pupitre, trois prisonniers incarcérés à la Bard Prison, un centre pénitentiaire de haute sécurité dans l’Etat de New York. A sa gauche, trois étudiants de la prestigieuse université d’Harvard. Le principe: un débat d’une heure sur un sujet défini, arbitré par trois juges professionnels.

Après une heure de joutes verbales enflammées, les juges ont rendu leur verdict: les prisonniers ont gagné.

Le débat était organisé dans le but de promouvoir le programme éducatif développé par le Bard College, l’université voisine, pour les détenus afin d’aider à leur réinsertion. L’équipe de prisonniers accroche là un beau trophée à son tableau de chasse, déjà garni d’une victoire contre l’équipe de la prestigieuse académie militaire de West Point et d’une autre contre l’université du Vermont.

Un sujet particulièrement polémique

Le thème du jour, qu’ils devaient défendre, était pourtant difficile à soutenir pour des personnes "sauvées" par le système scolaire: "Les écoles publiques aux Etats-Unis devraient-elles avoir le droit de refuser l’inscription des étudiants sans-papiers?" Les prisonniers ont construit un solide argumentaire qui a convaincu les trois juges à l’heure du verdict.

Après coup, Carlos Polanco, un détenu de 31 ans emprisonné pour homicide involontaire, a toutefois confié au Wall Street Journal qu’il ne concevait pas qu’on puisse empêcher un enfant d’aller à l’école tant il était reconnaissant envers l’institution qui lui permettait, aujourd’hui, de s’écrire un futur. "Nous avons eu la chance de nous voir offrir une opportunité exceptionnelle. Ils nous font croire en nous."

Alex Hall, un autre membre de l’équipe qui purge lui aussi une peine pour homicide involontaire, voit dans cette victoire un espoir de changement des mentalités. "Ca va faire réfléchir pas mal de monde, ils vont se demander ce qui se passe entre ces murs. Nous ne sommes pas naturellement doués pour la rhétorique, mais nous travaillons très dur." 

Pas de favoritisme

Ont-ils été favorisés par des juges attendris? Pas du tout, si l’on en croit la juge Mary Nugent. "Nous sommes tous humains. Je ne pense pas que nous puissions nous affranchir de tout contexte, mais imaginer que nous ayons pu les faire gagner par compassion ne serait pas respectueux pour les prisonniers. Ils ont été impressionnants."

Un constat confirmé par l’équipe perdante, surprise par le niveau de préparation des détenus, qui pour des raisons de sécurité, n’avaient pas accès à internet. "Ils nous ont pris au dépourvu," raconte Anais Carell, 20 ans, étudiante à Harvard et membre de l’équipe défaite.

La "Bard Prison Initiative" a déjà diplômé plus de 300 élèves. Parmi eux, à peine 2% sont retournés en prison dans les trois ans suivant leur sortie, contre 40% en moyenne dans l’état de New York.

François de La Taille