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États-Unis: première exécution fédérale d'une femme en près de 70 ans

La peine de mort est en régression aux Etats-Unis.

La peine de mort est en régression aux Etats-Unis. - MIKE SIMONS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Le rythme des exécutions fédérales a subitement augmenté au cours des six derniers mois du mandat présidentiel de Trump.

Seule femme dans les couloirs de la mort de la justice fédérale américaine, Lisa Montgomery a été exécutée ce mercredi, après un bref sursis accordé par un juge pour évaluer son état mental. Sa mort, par injection létale, a été prononcée à 1h31 du matin à la prison de Terre Haute, dans l'Indiana, précise le Washington Post. Lisa Montgomery est la première femme mise à mort par la justice fédérale depuis 1953.

Elle a été incarcérée après avoir assassiné en 2004 une femme enceinte de huit mois pour lui voler son bébé. Elle a étranglé sa victime de 23 ans avant de lui ouvrir l'utérus et d'en extraire l'enfant qui a survécu au drame.

La quinquagénaire avait adressé une demande de clémence à Donald Trump, expliquant les drames qui avaient précédemment rythmé sa vie: Lisa Montgomery a été prostituée par sa mère, victime à plusieurs reprises de viols de la part de son beau-père et de son demi-frère à qui elle a été mariée. Outre ce passé chaotique, son avocate s'est appuyée sur ses troubles mentaux pour commuer la peine de mort en peine de prison à perpétuité, sans pour autant nier la gravité du crime de sa cliente. Mais en vain.

"Soif de sang d'une administration en faillite"

"Cette nuit, nous avons assisté à une soif de sang lâche d'une administration en faillite", a déclaré dans un communiqué de presse Me Kelley Henry, l'avocate de la prisonnière de 52 ans.
"Tous ceux qui ont participé à l'exécution de Lisa Montgomery devraient avoir honte. Le gouvernement n'a reculé devant rien dans son zèle pour tuer cette femme abimée et délirante. L'exécution de Lisa Montgomery est loin de correspondre à l'idée de justice", a-t-elle encore écrit.

Le rythme des exécutions s'est drastiquement accéléré sous la fin de présidence de Donald Trump: le gouvernement fédéral a exécuté dix condamnés à mort en l'espace de six mois. Aucun président américain n'en avait approuvé autant, remarque France Inter. L'administration Trump prévoit encore d'exécuter deux hommes noirs cette semaine: Corey Johnson jeudi et Dustin Higgs vendredi.

Là encore, une bataille judiciaire féroce est engagée. Un tribunal fédéral a décidé mardi de reporter leur exécution de plusieurs semaines au motif qu'ils ont été contaminés par le Covid-19. D'anciens gardiens de prison ont de leur côté demandé au ministère de la Justice de reporter ces exécutions "jusqu'à ce que le personnel pénitencier soit vacciné" contre ce virus.

"Une course folle pour exécuter"

Entre les bourreaux, les gardiens, les témoins, les avocats... une exécution mobilise des dizaines de personnes dans un environnement clos, propice à la propagation du virus. Pour cette raison, les Etats américains, y compris le très répressif Texas, ont suspendu les exécutions depuis des mois. A contre-courant, l'administration de Donald Trump a au contraire affiché sa détermination à procéder au maximum d'exécutions avant de quitter le pouvoir.

"Dans les dernières heures de la présidence Trump, il y a une course folle pour exécuter des gens qui sont dans les couloirs de la mort depuis des années voire des décennies. C'est insensé", a dénoncé sur NPR le sénateur démocrate Dick Durbin, en annonçant l'introduction d'une loi visant à mettre un terme aux exécutions fédérales.

Les démocrates ayant repris le contrôle du Sénat, il est possible qu'elle soit adoptée une fois que Joe Biden aura pris ses fonctions. Le président élu, qui prêtera serment le 20 janvier, est un opposant à la peine capitale et a promis de travailler avec le Congrès pour l'interdire au niveau fédéral.

Ambre Lepoivre avec AFP