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Critiqué, Trump fait machine arrière sur la question de la torture

Donald Trump lors d'un meeting dans le Michigan, le 4 mars.

Donald Trump lors d'un meeting dans le Michigan, le 4 mars. - Scott Olson - Getty Images North America - AFP

Le magnat de l'immobilier, champion des sondages et des urnes dans la course à l'investiture républicaine, est revenu en arrière sur ses promesses sur la torture des terroristes, vendredi.

Il a finalement changé son fusil d'épaule. Le candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump est revenu vendredi sur sa promesse de torturer les terroristes et de tuer leurs familles dans une déclaration au Wall Street Journal, affirmant que, s'il était élu, il respecterait les lois. Donald Trump est critiqué, y compris au sein de son propre camp pour ces propositions qu'il avait réitérées jeudi soir lors d'un débat avec ses concurrents pour l'investiture républicaine.

"J'utiliserai tout mon pouvoir légal pour arrêter ces ennemis terroristes. Je comprends, cependant, que les Etats-Unis sont liés par des lois et des traités et je ne demanderai pas à notre armée ou à d'autres responsables de violer la loi", a écrit le milliardaire au journal. "C'est clair qu'en tant que président, je suis lié par des lois comme simplement tous les Américains et j'assumerai ces responsabilités", a-t-il ajouté.

Trump vante sa "flexibilité"

Lors du débat télévisé, il avait lancé: "Pouvez-vous imaginer ces gens, ces animaux du Moyen-Orient, qui coupent des têtes, assis en train de discuter et voyant que nous avons un problème avec la simulation de noyade ?". Pour justifier ses changements de position sur de nombreux sujets, Donald Trump a vanté jeudi la nécessité pour un dirigeant d'être "flexible", lors du débat, affirmant n'avoir "jamais vu quelqu'un réussir sans un certain degré de flexibilité".

Les propos incendiaires de l'homme d'affaires mettent mal à l'aise une partie de son camp républicain, dont ses rivaux à l'investiture et les cadres du parti l'attaquent désormais frontalement. Mais ils sont appréciés de ses partisans frustrés, entre autres, par l'engagement américain contre Daesh et d'autres groupes jihadistes au Moyen-Orient.

Décrié par les experts

Ses affirmations sur la torture ont aussi soulevé des critiques d'experts suggérant que le Pentagone ne pourra pas obéir à ses ordres. Plus de 70 experts républicains dans le domaine des affaires étrangères et de la sécurité nationale ont publié jeudi une lettre ouverte dénonçant l'incohérence du candidat.

"Ces ordres spécifiques sont illégaux", estime Peter Feaver, qui fait partie des signataires et a occupé plusieurs postes concernant la sécurité nationale sous les présidences Bill Clinton et George Bush. "Sa promotion d'une utilisation étendue de la torture est impardonnable". Un général à la retraite et ancien directeur de la CIA, Michael Hayden, a lui aussi affirmé que jamais l'armée ne suivrait des ordres illégitimes: "Cela violerait toutes les lois internationales sur les conflits armés", a-t-il expliqué dans un entretien télévisé.

Des propositions relevant du "meurtre"

Le gouvernement Bush a banni en 2006 l'usage de la simulation de noyade ("waterboarding") ou d'autres techniques d'interrogatoire poussées, après le scandale suscité par leur utilisation, notamment par la CIA sur des suspects de terrorisme. "Beaucoup de ceux qui ont été liés à ces programmes d'interrogatoires (poussés) pendant six ans -et des centaines sont encore ici- démissionneraient ou se mettraient en retraite plutôt que de revenir sur ce chemin périlleux", a expliqué John Rizzo, avocat de la CIA quand l'agence utilisait ces techniques, au magazine Newsweek.

La proposition de Trump de tuer les familles de terroristes a même soulevé davantage d'indignations. "C'est un meurtre", a affirmé Eugene Fidell, un expert en justice militaire de la Yale Law School. Le général américain Philip Breedlove, qui dirige les forces de l'Otan en Europe, a expliqué cette semaine que ses collègues européens se demandaient ce qu'allait devenir l'armée américaine si Trump accédait à la Maison Blanche. "Ils voient un débat public très différent de ce qu'ils ont eu dans le passé", a-t-il dit.

A.S. et V.R. avec AFP