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Ces mesures qu'Obama fait passer avant l'arrivée de Trump

Barack Obama, le 16 décembre 2016,  à la Maison Blanche.

Barack Obama, le 16 décembre 2016, à la Maison Blanche. - Zach Gibson - AFP

Avant l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, le 20 janvier prochain, Barack Obama s'empresse pendant son dernier mois de président de faire passer une série de mesures qui viendront gêner les plans du milliardaire.

Un mois pour compliquer la tâche de Donald Trump. C'est l'entreprise dans laquelle semble s'être lancé Barack Obama, pour son dernier mois à la tête des Etats-Unis. Le président américain passera en effet les rênes au magnat de l'immobilier, le 20 janvier prochain. Mais avant de céder sa place dans l'aile ouest de la Maison Blanche, le démocrate prend soin de multiplier les mesures qui feront barrage aux plans de son successeur.

Toutes les dernières décisions du président sortant portent en effet sur des points sensibles du programme de Donald Trump, sur lesquels les deux hommes sont en profond désaccord.

La résolution anti-colonies israéliennes, pied-de-nez à Trump

Le dernier exemple, plus que significatif, concerne le vote, vendredi dernier, d'une résolution de l'ONU condamnant la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens. L'adoption du texte a été rendue possible par la décision des Etats-Unis de ne pas utiliser leur droit de veto, alors qu'ils avaient jusqu'ici toujours soutenu Israël sur ce dossier très sensible. 

Si cette abstention, décidée par Barack Obama, traduit des années de frustration du président américain sortant à l'égard de la politique menée par Israël, mais aussi sa mauvaise relation avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, elle est aussi un véritable pied-de-nez à l'égard de Donald Trump. Le président élu, qui s'était impliqué personnellement dans le dossier en obtenant jeudi un premier report du vote, et qui s'emploie depuis à rassurer les Israéliens, a en effet formulé pendant sa campagne la promesse de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël, et a nommé l'avocat David Friedman, fervent partisan des colonies, comme ambassadeur des Etats-Unis en Israël. 

Des mesures tous azimuts

Et Barack Obama ne s'est pas arrêté là. Alors que son successeur, climatosceptique convaincu, a menacé d'annuler l'accord de Paris et a nommé un autre climatosceptique, proche du lobby de l'énergie, à la tête de l'Agence de protection de l'environnement, le président américain a interdit de façon permanente tout nouveau forage de gaz ou de pétrole dans de vastes zones de l'océan Arctique.

Autre mesure concrète prise par Barack Obama: la suppression d'un programme de surveillance, le National Security Entry-Exit Registration System (NSEERS). Ce fichier listant les entrées aux Etats-Unis des ressortissants de pays musulmans avait été mis en place par l'administration Bush au lendemain des attentats du 11-Septembre, permettant le fichage de près de 80.000 personnes. Il n'est plus utilisé depuis 2011, mais comme l'explique Le Parisien, son cadre légal est toujours en place, et Donald Trump, qui a multiplié les propos durs à l'égard des musulmans et a lui-même évoqué l'idée d'un fichage, aurait pu s'en servir. Il n'en sera rien: le président démocrate en a entamé le démantèlement en fin de semaine dernière. 

Barack Obama prépare également le transfert de 18 autres prisonniers de Guantanamo sur les 59 restants, d'ici la fin de son mandat. Ces détenus doivent être envoyés vers l'Italie, le sultanat d'Oman, l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Si le président américain n'a pas réussi à fermer la prison, l'une de ses promesses de campagne, freinée par le Congrès, il l'aura vidée de la quasi-totalité de ses occupants: après cet ultime transfert, 42 prisonniers y resteront incarcérés, contre 242 en janvier 2009, au moment de son arrivée à la Maison Blanche. 

Enfin, le président sortant prendra une autre mesure in extremis, qui entrera en application seulement deux jours avant l'investiture de Donald Trump. Comme le rapporte L'Express, Barack Obama a signé un texte visant à consolider le droit des femmes à se faire avorter, en empêchant notamment les Etats de couper les financements des antennes locales du Planning familial pour des raisons politiques, à l'heure où de nombreux élus républicains restent défavorables à l'interruption volontaire de grossesse. Ainsi, le texte stipule que les budgets ne pourront être coupés que si "une inaptitude de ces centres à rendre les services proposés aux bénéficiaires" est avérée. 

Un mois d'affronts indirects

En agissant ainsi, Barack Obama, pour qui la victoire de Donald Trump a été un véritable camouflet, fait tout ce qui est en son pouvoir pour ne pas voir la future administration républicaine remettre en cause, voire tout bonnement annuler, certaines avancées mises en place au cours de sa mandature. Mais il s'emploie également à copieusement savonner la planche de son successeur, avec qui il avait affiché une courtoisie de façade, lors de leur rencontre dans le Bureau ovale début novembre, au lendemain de la victoire du milliardaire. 

De son côté, Donald Trump s'y voit déjà. Alors qu'il n'accédera au pouvoir que le 20 janvier prochain, le républicain prend soin de commenter ouvertement sur Twitter les décisions de politique internationale de son prédécesseur, donnant l'illusion d'une présidence à deux têtes. Du jamais vu. Ainsi, le 22 décembre, il appelait les Etats-Unis à opposer leur veto à la résolution condamnant les colonies israéliennes. Le 23 décembre, après le vote, il assurait que "les choses" seraient "différentes à l'ONU après le 20 janvier", s'adressant ainsi directement aux alliés israéliens. 

Cette intrusion au sein d'une prérogative revenant exclusivement au président en exercice, est, comme l'explique Le Figaro, contraire à la loi qui interdit à un citoyen de négocier la politique américaine auprès d'un gouvernement étranger. Malgré sa victoire le 8 novembre, Donald Trump reste en effet un simple citoyen, et ce jusqu'à son intronisation. Mais le milliardaire ne semble définitivement pas décidé à l'entendre.

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