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États-Unis

Avec l'échec de la réforme d'Obamacare, Trump désavoué par sa propre majorité

Donald Trump, le 24 mars 2017.

Donald Trump, le 24 mars 2017. - Mandel Ngan - AFP

Après l'échec de son plan de réforme de l'Obamacare au Congrès, Donald Trump ressort affaibli. Et le désaccord avec les ailes modérée et conservatrice du Parti républicain apparaît désormais flagrant.

Un échec cuisant. Vendredi, après 63 jours passés au pouvoir, Donald Trump s'est vu infliger un revers cinglant avec le retrait de son projet de réforme de la santé, l'une des mesures phares de sa campagne. Le président républicain avait fait de l'abrogation de l'"Obamacare", le système d'assurance maladie instauré par Barack Obama, l'une de ses grandes promesses. Mais face au Congrès, le milliardaire a essuyé une défaite personnelle retentissante, qui a fait apparaître de lourdes divisions au sein même de la majorité.

Des dissensions au sein du camp républicain 

Car malgré son ultimatum adressé aux élus républicains quelques heures seulement avant le vote, finalement annulé compte tenu du nombre de républicains ayant annoncé leur opposition, Donald Trump a finalement demandé le retrait du projet de réforme. En effet, sur 237 élus républicains, une grosse trentaine s'étaient déclarés contre le texte, s'ajoutant aux 193 démocrates de l'opposition. Pour éviter de chiffrer l'échec en nombre de voix, le vote a été annulé.

Une défaite qui démontre que le président a échoué à rassembler sa propre majorité, dont les dissensions au sein de la Chambre des représentants ont coulé le projet de remplacement de l'"Obamacare", une loi contre laquelle les républicains ont pourtant fait campagne depuis sept ans. 

Mais pour ses détracteurs de la frange modérée du Grand Old Party (GOP), Donald Trump a sous-estimé l'impact réel de la réforme sur le système de santé, un enchevêtrement d'assurances publiques et privées. Le texte aurait sabré les aides publiques aux personnes qui n'ont pas d'assurance santé grâce à leur employeur et doivent financer elles-mêmes leur couverture. Ainsi, quelque 14 millions de personnes seraient sorties du système d'assurance maladie dès l'année prochaine, selon les prévisions. 

A l'opposé, de l'autre côté du parti, les ultra-conservateurs du "Freedom Caucus" estimaient que le plan républicain n'était qu'une version édulcorée d'Obamacare, conservait trop de réglementations coûteuses et n'aurait pas permis de faire baisser les prix. D'où leur opposition. 

Un manque de crédibilité de Donald Trump

Donald Trump avait pourtant mis tout son poids dans la balance pour remporter le vote, parlant directement à pas moins de 120 parlementaires ces derniers jours. 

Le successeur de Barack Obama s'était rendu personnellement au Congrès et avait passé d'innombrables coups de fil pour tenter de convaincre les frondeurs, pour qui la loi va soit trop loin dans le démantèlement de la législation phare de l'ex-président Barack Obama, soit pas assez, comme c'est le cas des ultra-conservateurs du Freedom Caucus. Mais malgré l'implication personnelle du président, ni les républicains modérés ni les plus conservateurs n'ont visiblement changé d'avis. 

En ressort un chef de l'Etat décrédibilisé, fragilisé, après des mois de discours assuré et jusqu'au boutiste. Le pari - risqué - de Donald Trump était que les républicains n'oseraient pas faire échouer la première grande loi de son mandat, et se fâcher avec lui. Finalement, les élus ont estimé que le coût politique que représentait le soutien de la loi était plus élevé que celui de défier le président.

Une guerre ouverte au sein du GOP?

Dans les heures qui ont suivi le retrait du projet de réforme, Donald Trump s'est gardé de la moindre critique à l'encontre des élus républicains qui ne l'ont pas suivi, refusant de parler de trahison. Le président américain a attendu jusqu'au dimanche pour lâcher les premières bombes, en blâmant notamment l'aile dure de son parti.

"Les démocrates sourient" de voir que le "Freedom Caucus", nom désignant les parlementaires ultra-conservateurs proches du Tea Party, a bloqué l'adoption de la réforme, a tweeté le président américain. Le résultat de cette opposition est que le Freedom Caucus "a sauvé" Planned Parenthood, l'organisation américaine de planning familial qui est sa bête noire, a ironisé Donald Trump dans son message. 

En prenant acte de son échec à réformer Obamacare, Donald Trump a promis de consacrer désormais ses efforts à une profonde réforme fiscale, une manière également de rapidement tourner la page après cette défaite retentissante, qui vient s'ajouter au blocage de ses décrets anti--immigration par la justice.

Mais là encore, le Freedom Caucus, avec ses parlementaires farouchement opposés à la dépense publique, risque de lui causer quelques difficultés

Adrienne Sigel avec AFP