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Assassinats ciblés de jihadistes: une pratique largement exploitée par Washington

La "Disposition Matrix" a été créée sous l'administration Obama.

La "Disposition Matrix" a été créée sous l'administration Obama. - Alex Wong - Getty - AFP

Paris a ordonné depuis 2013 l'exécution à l'étranger d'une quarantaine d'individus considérés dangereux pour la France, hors cadre légal de la guerre. Une pratique déjà menée par Barack Obama.

Les assassinats ciblés de jihadistes, une "pratique" empruntée à Washington? Le journaliste d'investigation Vincent Nouzille raconte dans son livre Erreurs fatales, paru mercredi, comment Paris cible et ordonne sur le terrain l'assassinat de jihadistes présumés dangereux pour la France, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Des opérations ambiguës, puisqu'elles sont effectuées en dehors du cadre légal des conflits armés, et sont menées par la DGSE et les services spéciaux, qui disposent d'une liste de High Value Targets (HVT) ou High Value Individuals (HVI), rassemblant les noms des individus à viser. Selon Vincent Nouzille, Paris aurait ainsi procédé à une quarantaine d'exécutions ciblées depuis 2013, validées par François Hollande.

Un chiffre impressionnant, qui n'est pas sans rappeler la politique largement pratiquée par Washington pour traquer les individus considérés comme des ennemis des Etats-Unis, sur le terrain, notamment à l'aide de frappes menées par des drones. Ainsi, la "Disposition Matrix", également connue sous le nom de "kill list", a été instaurée sous l'administration Obama. Elle se matérialise, comme son nom l'indique, par une liste des principaux terroristes à "neutraliser".

Immense base de données

Mise en place en 2010, cette "Disposition Matrix" a été imaginée comme une disposition permanente de la politique étrangère américaine. Son existence avait été révélée en 2012 par le Washington Post. Plus qu'une simple liste, il s'agit en réalité d'une véritable base de données regroupant les identités, biographies et localisations supposées d'individus considérés comme une menace pour les intérêts américains à l'étranger, ainsi que les options envisagées pour les éliminer. Le développement de cette liste d'objectifs à éliminer a nécessité deux ans de travail.

La plupart des exécutions ciblées américaines sont réalisées à l'aide de drones armés. A tel point que, comme le souligne le Washington Post, le nombre de victimes, y compris civiles, des frappes de drones américains dépassera bientôt le nombre de personnes tuées dans les attentats du 11-Septembre, soit 2.977.

A.S.