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Affaire Snowden: quelles nations et institutions sont espionnées?

De nombreux pays sont sous la surveillance active de la NSA, ennemis comme alliés.

De nombreux pays sont sous la surveillance active de la NSA, ennemis comme alliés. - -

Selon les révélations d'Edward Snowden, les programmes de surveillance mis en place par les Américains visent à une surveillance très rapprochée d'autres Etats, amis ou ennemis.

Les Etats-Unis ont longtemps affirmé que leurs différents programmes de surveillance servaient à se protéger contre le terrorisme. Mais le pays surveille aussi ses alliés avec attention. Tour d’horizon des nations et institutions espionnées par les Américains, selon les révélations d'Edward Snowden.

(Toutes les informations reproduites dans cet articles proviennent des documents révélés par Edward Snowden, et publiés par les journaux qui y ont eu accès. Ces informations sont toutes, ou presque, démenties par les organismes impliqués.)

> Une surveillance globale

Les Etats-Unis ont mis en place un grand nombre de programmes visant à recueillir des informations sur d’autres Etats. L'un d'entre eux, nommé "Rampart-T", a été mis en place par la NSA en 1991, affirme Der Spiegel. Il permet d'atteindre des "cibles élevées, situées à un niveau de leadership ou proche de ce niveau", c’est-à-dire, selon le magazine allemand, "les chefs d’Etats ou leurs plus proches conseillers".

Les Américains classent les pays à surveiller en fonction d'un ordre de priorité. Rampart-T a été utilisé contre une vingtaine de pays.

Par ailleurs, affirme Der Spiegel, la NSA et la CIA espionnent certaines nations en utilisant des systèmes clandestins installés dans 80 ambassades et consulats américains. L'opération, nommée "Special Collection Service" (SCS), qui nécessite la mise en place d’antennes et de paraboles dissimulées, par exemple, dans de "petites cabanes de maintenance" postées sur les toits des bâtiments. Les agents participant à cette opération se font passer pour des diplomates. Une branche de la SCS existerait à Francfort et à Vienne, selon Der Spiegel.

Enfin, selon le Guardian, la NSA a installé un système visant à surveiller 38 ambassades et missions dans le monde entier. De nombreux alliés des Etats-Unis sont visés, comme l'Italie, la Grèce, le Japon, le Mexique, la Corée du sud, l'Inde et la Turquie.

> La France

La France est particulièrement touchée par Rampart-T, assure le Guardian. Les Etats-Unis ont mis en place une opération nommée "Blackfoot" visant à espionner la mission française aux Nations unies, et une autre nommée "Wabash", dirigée contre l'ambassade française à Washington. Pour cela, les Américains auraient implanté des mouchards dans le matériel électronique de communication, placé des micros et collecté des transmissions avec des "antennes spécialisées".

Au-delà des missions françaises à l'étranger, c'est carrément le réseau de communications privées du ministère des Affaires étrangères français qui aurait été surveillé. Cette surveillance fait partie d'un programme, "Royal Net", qui servait aussi à épier de grandes entreprises telles que Google, ou le réseau bancaire Swift.

> Le Brésil et le Mexique

Concernant ces deux pays, considérés comme l'arrière-cour des Etats-Unis, la NSA n'y est pas allée de main-morte. Ce sont directement les communications de la présidente brésilienne Dilma Roussef et de son homologue mexicain, Enrique Pena Nieto, lorsqu'il n'était que candidat à la présidence, qui ont été espionnés.

Selon les documents révélés par la télévision brésilienne Globo, intitulés "Infiltration intelligente de données, étude de cas du Brésil et du Mexique", il s'agirait pour les Américains d'obtenir "une meilleure compréhension des méthodes de communication et des interlocuteurs" du Brésil. L'affaire a beaucoup refroidi les relations diplomatiques entre les deux pays.

Pour enfoncer le clou, Globo a accusé la NSA d'avoir pénétré le réseau interne de la compagnie pétrolière brésilienne Petrobras afin de l'espionner. C'est un cas d'espionnage industriel extrêmement grave qui a cette fois été découvert.

Quant au futur président mexicain, des messages téléphoniques ont été interceptés ainsi que des e-mails, en particulier ceux où il détaillait les noms de ses futurs ministres.

> L'Union européenne

Les Américains ont mis sur écoute les locaux de la mission de l'Union européenne à Washington, assure Der Spiegel. Ils ont aussi réussi à avoir accès au réseau intranet de cette dernière. Les Etats-Unis ont par ailleurs copié les disques durs de la mission de l'UE à New York. Tout cela leur permettait d’accéder de façon continue à un grand nombre d’informations, y compris certaines, sensibles, en provenance de Bruxelles.

L'UE intéresse prioritairement les espions américains dès lors qu'il s’agit de questions relatives à la stabilité économique. L’Union est également surveillée sur les questions de relations commerciales, de politique étrangère, de sécurité, de production alimentaire, d'innovations techniques.

Le but est de connaître avec précision les politiques européennes et les désirs des dirigeants de l’UE, ce qui a pu donner un avantage important aux diplomates américains lors de négociations à l'Organisation mondiale du commerce.

> Les Nations unies

Les Nations unies sont surveillées par une équipe permanente de la NSA présente à New York. Celle-ci est, à l’occasion, renforcée par une équipe en provenance de Washington. Les spécialistes se font passer pour des diplomates, assure Der Spiegel.

Les Américains ont réussi à obtenir un accès au système de communication de l'ONU. Ils ont également réussi à décrypter le système de vidéoconférence de l’organisation. Ces intrusions ont notamment permis aux responsables américains de se renseigner sur l'issue probable de certains votes. Ils auraient même réussi en 2003 à espionner le secrétaire général de l’époque, Kofi Annan.

> L'Agence internationale de l'énergie atomique

L'AIEA n’a pas non plus échappé à la surveillance tentaculaire américaine. Cet organe de l'ONU a pour but de promouvoir une "utilisation sûre, fiable, et pacifique des technologies nucléaires". L'AIEA est surveillée prioritairement (niveau 1) concernant la question du "contrôle des armes".

> Le G20 de 2009

Selon les documents fournis par Edward Snowden, la Grande-Bretagne a espionné les délégués présents au G20 de 2009.

Ce sommet international réunit les représentants de 19 pays et ceux de l'Union européenne. L'Agence GCHQ, chargée des écoutes en Grande-Bretagne, a pour cela mis en place des cafés internet à partir desquels elle pouvait intercepter mails, communications et appels passés depuis des téléphones BlackBerry.

Certaines personnalités ont été particulièrement visées, comme le ministre des Finances turques ou les membres de la délégation sud-africaine.

> Et bien sûr les traditionnels opposants des Etats-Unis

Les Américains ne surveillent pas que leurs alliés. Le système Rampart-T est dirigé, sans surprise, vers les traditionnels opposants des Etats-Unis sur la scène internationale: l'Iran, la Corée du Nord, la Chine et la Russie sont particulièrement espionnés. Ces pays sont également les principales cibles des cyber-attaques.

Maxence Kagni et Olivier Laffargue