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Accusé de révéler l'homosexualité de plusieurs athlètes aux JO de Rio, un média américain retire son article

Le logo Rio 2016, à l'entrée du village olympique et paralympique à Rio de Janeiro, au Brésil, le 23 juin 2016.

Le logo Rio 2016, à l'entrée du village olympique et paralympique à Rio de Janeiro, au Brésil, le 23 juin 2016. - Yasuyochi Chiba - AFP

Athlètes, membres de la communauté LGBT, journalistes, lecteurs... Les critiques ont fusé de toute part contre un article du site américain The Daily Beast sur l'utilisation des applis de rencontres au village olympique. Le texte a été retiré et l'équipe éditoriale a présenté ses excuses.

Forcé à faire machine arrière face au tollé. Accusé d'avoir révélé l'homosexualité de plusieurs athlètes sans leur consentement et de les avoir mis en danger avec un article sur les applications de rencontres aux JO de Rio, le site d'information américain The Daily Beast a fini par le retirer entièrement et s'excuser. 

Publié tôt jeudi matin, le texte en question, intitulé The Other Olympic Sport In Rio: Swiping (L’autre sport olympique à Rio: faire défiler (les profils, Ndlr)), a été mis hors ligne le jour-même.

Son auteur, Nico Hines, s’est rendu au village olympique dans le but de faire des rencontres pour les besoins de l'article. Se définissant comme "hétérosexuel, marié et père d’un enfant", il spécifiait utiliser une grande variété d’applications de rencontres: Bumble, Jack’d, Tinder, Grindr... Mais il se concentrait vite sur Grindr car selon lui, c’est là qu’on obtient "le plus de succès pour coucher instantanément". Il précisait dans l’article ne pas avoir menti, en dehors du fait même de s’être inscrit sur cette application de rencontres gay.

Le journaliste décrivait ensuite par le menu les réponses qu'il avait obtenues. Sans donner les noms des hommes avec qui il planifiait des rendez-vous, mais en fournissant tellement de détails - taille, poids, couleur de peau et autres caractéristiques physiques - qu'il était facile de deviner qui se cachait derrière.

Indignation générale

L'article s'est immédiatement retrouvé sous le feu des critiques. D'athlètes, de membres de la communauté LGBT, d'autres journalistes, de lecteurs... Retour de bâton pour cet "outing" d'athlètes, dont certains venant de pays où il ne fait pas bon être homosexuel. 

Ouvertement homosexuel, Amini Fonua, un nageur des îles Tonga en compétition à Rio, a tweeté: "Il est illégal d’être homosexuel aux îles Tonga, et si je suis suffisamment fort pour être moi-même face au monde, tout le monde ne l’est pas. Respectez cela."

Gus Kenworthy, skieur professionnel et médaillé olympique, qui avait fait son coming out en 2015, a lui eu des mots plus durs, sur Twitter: "Donc en gros @NicoHines vient d’outer plusieurs athlètes dans son entreprise d’écriture d’un article merdique pour @thedailybeast, dans lequel il admet les avoir pris au piège."

"Un papier irréfléchi de @thedailybeast met les athlètes LGBT en danger. Il devrait être retiré & remplacé avec une vraie histoire sur la violence que doivent affronter les membres de la communauté LGBT", s'est indignée Sarah Kate Ellis, la présidente et directrice la Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (l'alliance gay et lesbienne contre la diffamation). 

Cité par le New York Times, Robert Drechsel, directeur du centre pour l’éthique journalistique de l'université du Wisconsin-Madison a lui condamné un "article irréfléchi, insensible et non-éthique". "C’est dur de trouver les mots pour décrire ça. Pour quelle raison au monde - pour quelle raison dans le monde du journalisme - qui que ce soit ferait ça?", a-t-il interrogé. 

Retrait de l'article et excuses

Pour tenter d'apaiser la colère des réseaux sociaux, The Daily Beast a d'abord corrigé son article et publié en bas de page une note de John Avlon, son rédacteur en chef, expliquant que "toutes les descriptions des profils d’hommes et de femmes qui étaient précédemment mentionnés" avaient été retirées.

Puis le texte incriminé a fini par être totalement retiré du site. "Un pas sans précédent mais nécessaire", selon le rédacteur en chef. "Nous espérons que retirer un article qui entre en conflit à la fois avec nos valeurs et ce à quoi nous aspirons en tant que journalistes démontrera à quel point nous prenons avec sérieux notre erreur. Nous avons eu tort. Nous ferons mieux", explique la note de la rédaction, venue remplacer l’article.

L’article, y est-il écrit, n’avait pas pour but "de faire du mal ou de porter atteinte aux membres de la communauté LGBT, mais le but ne compte pas, alors que l’impact oui."

V.R.