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Cuba: visite historique de John Kerry pour rouvrir l'ambassade américaine

Première visite oifficielle, ce vendredi, de John Kerry à Cuba.

Première visite oifficielle, ce vendredi, de John Kerry à Cuba. - AFP

Ce vendredi, le drapeau américain flottera à nouveau à Cuba. Le secrétaire d’Etat John Kerry, patron de la diplomatie américaine, doit passer toute la journée à La Havane pour y rouvrir officiellement l'ambassade des Etats-Unis.

John Kerry sera ce vendredi le premier chef de la diplomatie américaine depuis 1945 à se rendre à La Havane, pour consacrer le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux ex-ennemis de la Guerre froide.

Cette visite de quelques heures doit aussi permettre d'aborder les sujets qui fâchent entre deux voisins, qui ne se sont officiellement pas parlé pendant plus d'un demi-siècle: protection des droits de l'homme et des dissidents politiques - John Kerry a annoncé qu'il en rencontrerait certains. Mais aussi la levée de l'embargo économique que Washington impose à l'île communiste et la restitution de la base navale américaine de Guantanamo.

Le secrétaire d'Etat doit passer toute la journée de vendredi à La Havane pour rouvrir officiellement l'ambassade des Etats-Unis et hisser le drapeau au fronton de la chancellerie. La cérémonie doit réunir des responsables gouvernementaux des deux pays et des élus du Congrès américain.

Liens rompus en 1961

Ainsi, le fameux et imposant bloc de béton et de verre du boulevard du front de mer de La Havane, le Malecon, redeviendra l'ambassade des Etats-Unis. La cérémonie s'inscrit dans "un processus de normalisation", a commenté un porte-parole du département d'Etat, Mark Toner, pour qui la journée exceptionnelle de "vendredi marque évidemment une nouvelle étape de ce processus, après 54 ans de hiatus".

En fait, Washington et La Havane ont rétabli leurs relations diplomatiques et rouvert leurs ambassades le 20 juillet, après 54 ans d'interruption, selon les termes d'un rapprochement historique annoncé le 17 décembre dernier par les présidents Barack Obama et Raul Castro.

Les deux gouvernements, adversaires de la Guerre froide, avaient rompu les liens en 1961, dans la foulée de la révolution castriste mais ils entretenaient depuis 1977 des sections d'intérêts qui faisaient office d'ambassades.

 Invités par John Kerry, les trois marines qui avaient retiré le drapeau en 1961, Jim Tracy, F. W. Mike East et Larry C. Morris, hisseront de nouveau la bannière étoilée en un geste de fraternité symbolique. La fin d'une parenthèse de 54 ans.
Invités par John Kerry, les trois marines qui avaient retiré le drapeau en 1961, Jim Tracy, F. W. Mike East et Larry C. Morris, hisseront de nouveau la bannière étoilée en un geste de fraternité symbolique. La fin d'une parenthèse de 54 ans. © US State Department

Kerry verra des dissidents

Une fois le dégel amorcé il y a six mois, les présidents Obama et Castro s'étaient rencontrés en avril lors du Sommet des Amériques au Panama, puis le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez, s'est rendu à Washington le 20 juillet pour rouvrir sa chancellerie. Cuba a aussi été retirée de la liste noire américaine des "Etats soutenant le terrorisme". John Kerry est dorénavant très attendu sur l'épineux dossier des droits de l'homme et de la dissidence politique cubaine.

"Je vais rencontrer des dissidents (...) J'aurai la chance de m'asseoir avec eux" au cours d'une réception, privée, à la résidence de l'ambassadeur américain à La Havane, a-t-il assuré dans un entretien à la télévision américaine en espagnol, Telemundo News, dont des extraits ont été diffusés mercredi.

De fait, ces entrevues devraient se dérouler, à l'abri de la presse, à la résidence et non à la chancellerie, lieu de la grande cérémonie publique. John Kerry a reconnu que les dissidents n'étaient "pas invités (...) à l'ambassade parce que c'est un événement entre gouvernements, où, par ailleurs, l'espace est très limité".

L'administration Obama favorable à la levée de l'embargo

Des deux côtés du détroit de Floride, des opposants à la détente accusent l'administration démocrate d'avoir mis sous l'éteignoir ses exigences en matière de droits de l'homme et de libertés publiques.

Cuba exige la levée de l'embargo économique imposé en 1962 par le président John F. Kennedy et renforcé par la loi Helms-Burton de 1996. L'administration Obama y est favorable, mais la décision dépend du Congrès américain, aux mains des Républicains, dont beaucoup sont vent debout contre la mesure, perçue comme une récompense aux frères Castro.

Mais après un demi-siècle de boycott américain sans résultat, Washington tente "une approche différente, par un engagement diplomatique avec Cuba", se félicite le politologue John Gronbeck-Tedesco, du Ramapo College of New Jersey, pour qui "l'opinion publique aux Etats-Unis a évolué en faveur de Cuba".

C. P. avec AFP