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Non, Justin Trudeau n'a jamais dit que l'excision n'était pas une pratique barbare

Justin Trudeau à Ottawa le 5 juin 2017

Justin Trudeau à Ottawa le 5 juin 2017 - Lars Hagberg-AFP

La polémique a enflammé les réseaux sociaux. Le Premier ministre canadien aurait déclaré que l'excision n'était pas une pratique barbare. Justin Trudeau n'a pourtant jamais dit cela. Autopsie d'une fake news.

"Pour Justin Trudeau: l'excision n'est pas une pratique culturelle barbare." Ce tweet a suscité une levée de boucliers le week-end dernier. Et pourtant, il est faux. 

Un intitulé trompeur

Plusieurs élus français se sont indignés sur les réseaux sociaux. "Notre devoir est d'appeler les choses par leur nom: l'excision est 'une pratique barbare' que rien ne peut justifier", a dénoncé la présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, relayant le post en question. 

Florian Philippot, député européen et vice-président du Front national, a lui aussi évoqué une "infâme barbarie" au nom du "politiquement correct". Pour Christine Boutin, fondatrice du Parti chrétien-démocrate, "monsieur Trudeau nous fait horreur".

Des journalistes ont également repris le tweet. 

À l'origine de la polémique: un tweet d'un internaute relayé par le réseau social du site L'Important - un média qui diffuse les informations postées sur les réseaux sociaux - attribuant à Justin Trudeau des propos selon lesquels "l'excision n'est pas 'une pratique culturelle barbare'".

Un guide de citoyenneté au cœur de la polémique

Le post renvoie vers une tribune publiée sur le site du Journal de Montréal d'un chroniqueur canadien clairement opposé au Premier ministre canadien. Justin Trudeau incarne, selon lui, "tout ce qui (l)'agace et (l)'exaspère dans notre époque" et évoque en vrac "la dictature du look, le narcissisme, le vide, le multiculturalisme gnangnan, la politique réduite à un étalage de bons sentiments".

Dans cette contribution publiée au sein de la rubrique "opinions", l'éditorialiste aborde la refonte d'un guide de citoyenneté "remis à chaque individu voulant immigrer au Canada". Et assure qu'un passage "soulignant que certaines 'pratiques culturelles barbares' telles que les crimes d'honneur (un meurtre commis en réaction à un comportement jugé déshonorant pour la famille, NDLR) et l'excision du clitoris étaient considérées comme des crimes" serait retiré. Ce que confirme La Presse canadienne qui s'est procuré le document.

Une controverse qui date de 2011

Justin Trudeau n'a donc jamais déclaré que l'excision n'était pas une pratique culturelle barbare. Le contributeur ne l'a pas non plus affirmé. C'est le tweet maladroit et abusif qui a trompé les internautes en attribuant à Justin Trudeau le titre de l'éditorial.

Mais, comme le rapporte Marianne, la polémique n'est pas nouvelle. En 2011, lors d'une précédente réforme du guide de citoyenneté, Justin Trudeau avait refusé l'utilisation officielle du mot "barbare", tout en dénonçant et reconnaissant que les crimes d'honneur et l'excision l'étaient bel et bien. 

"Nous n'atteignons rien de plus en utilisant le mot 'barbare' que si nous utilisions le terme 'absolument inacceptable'. Nous acceptons que ces actes sont absolument inacceptables, ce n'est pas le débat. Lors d'une discussion informelle, j'utiliserais même le mot barbare pour décrire la circoncision féminine, par exemple, mais dans une publication officielle du gouvernement canadien, il doit au moins y avoir une tentative de neutralité responsable."

Justin Trudeau avait dû s'excuser

Sur une radio canadienne, il avait cependant déclaré que "l'utilisation d'un mot aussi péjoratif que 'barbare' a beaucoup de chances d'hérisser quelqu'un". Des déclarations qui avaient suscité la controverse, forçant Justin Trudeau à préciser ses propos et à s'excuser, comme le rapporte La Presse.

"Je crois que les actes décrits sont haineux, que ce sont des actes barbares qui sont complètement inacceptables dans notre société. Je retire mes commentaires et je m'excuse s'ils ont été interprétés comme minimisant la nature cruelle et sérieuse des meurtres d'honneur ou tout autre acte violent."

Céline Hussonnois-Alaya