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En Bolivie, la nouvelle résidence d'Evo Morales fait grincer des dents

La tour Casa Grande del Pueblo, nouveau siège de la présidence bolivienne à La Paz, inauguré le 8 août 2018.

La tour Casa Grande del Pueblo, nouveau siège de la présidence bolivienne à La Paz, inauguré le 8 août 2018. - Aizar Raldes- AFP

La présidence bolivienne vient d'inaugurer son nouveau siège, un luxueux et imposant building en plein cœur de La Paz, dont le coût et l'aspect font polémique.

Une immense tour de verre en plein cœur de La Paz. Impossible de manquer la nouvelle résidence officielle du président bolivien Evo Morales, qui domine du haut de ses 29 étages le centre historique de la capitale. La Casa Grande del Pueblo (en français, "La grande maison du peuple"), son nom officiel, a été inaugurée le 9 août, après trois ans de travaux.

Le bâtiment, d'une hauteur de 120 mètres et de plus de 29.000 m², comprend notamment un héliport et un auditorium, et abrite tous les bureaux liés à la présidence, à la vice-présidence et aux ministères du gouvernement. Destinée à devenir la résidence officielle du président socialiste Evo Morales, la tour prévoit à cet effet un large et luxueux appartement de 1.000 m², avec ascenseur privé, jacuzzi, sauna, salle de gym et salon de massage, rapporte le Guardian

Les opposants dénoncent un immeuble vaniteux 

Et ce nouveau train de vie du président bolivien fait couler beaucoup d'encre. D'une part, ses supporters font valoir l'idée que cette résidence présidentielle ultra-moderne et sophistiquée contribue au renouveau de l'image de la Bolivie, en tranchant net avec l'architecture coloniale des anciens bâtiments officiels. Mais les adversaires politiques d'Evo Morales dénoncent à l'inverse un immeuble vaniteux, pensé pour glorifier la figure du leader. 

Autre point de discorde: la tour présidentielle a obtenu une autorisation de construction et ce, malgré le règlement en vigueur à La Paz, qui interdit les constructions hautes dans le centre-ville. Un interdit savamment contourné par Evo Morales, grâce à sa majorité parlementaire. 

Evo Morales prononce un discours lors de l'inauguration du nouveau siège de la présidence bolivienne, le 9 août 2018.
Evo Morales prononce un discours lors de l'inauguration du nouveau siège de la présidence bolivienne, le 9 août 2018. © Freddy Zarco - Bolivian Presidency - AFP

Un investissement qui choque

Révélées par la presse, les caractéristiques de l'appartement privé d'Evo Morales ont attisé encore un peu plus la polémique. Si la ministre de la communication a assuré que cet édifice a avant tout été construit "pour le peuple" et que son budget n'a pas dépassé les 34 millions de dollars, l'immeuble est en train de cristalliser les colères de l'opposition à l'encontre du chef de l'Etat, qui refuse de quitter le pouvoir après douze ans, et veut se présenter aux élections de 2019 pour briguer un quatrième mandat.

En outre, l'argent investi dans cette nouvelle résidence choque bon nombre de Boliviens, à l'heure où le pays reste l'un des plus pauvres d'Amérique latine et que de nombreuses infrastructures telles que les hôpitaux manquent cruellement de ressources pour être entretenues. 

Mais malgré les critiques et les manifestations, Evo Morales a inauguré l'édifice la semaine dernière, faisant valoir une "étape historique" pour le pays, "grâce à la lutte des Boliviens". Voisin immédiat de la Casa Grande del Pueblo, l'ancien bâtiment présidentiel, nommé Palacio Quemado, sera quant à lui transformé en musée. 

Adrienne Sigel