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En Colombie, les hippopotames de Pablo Escobar menacent l'écosystème

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Une équipe de chercheurs de l'University of California San Diego (UCSD) a voulu étudier l'impact des espèces animales de grande taille, la mégafaune, sur l'écosystème des lieux où elles se trouvent.

Dans les années 1990, le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar faisait venir de nombreux animaux dans son immense propriété colombienne baptisée Hacienda Nápoles, située à quelques centaines de kilomètres de la ville de Medellín. Après sa mort, en 1993, la plupart d'entre eux ont été envoyés par le gouvernement dans des zoos locaux et internationaux.

Tous, sauf quatre hippopotames, trop difficiles à attraper et trop dangereux à transporter. Les mammifères ont donc été laissés à l'abandon. Ils sont aujourd'hui entre 65 et 80. Et leur mode de vie menace l'écosystème colombien selon une étude parue fin janvier dans la revue américaine Ecology.

Des "ingénieurs de l'écosystème"

Une équipe de chercheurs de l'University of California San Diego (UCSD) a voulu étudier l'impact des espèces animales de grande taille, qui représentent ce qu'on appelle la mégafaune, sur l'écosystème des lieux où elles se trouvent. Ils se sont appuyés sur l'exemple de ces hippopotames, qui n'ont jamais été présents naturellement en Colombie et peuvent dont être considérés comme une espèce invasive. Les mammifères se sont installés autour de lacs artificiels et du Río Magdalena. 

En Afrique, les hippopotames sont des "ingénieurs de l'écosystème", écrivent les chercheurs dans l'étude. Ils fertilisent les lacs et les rivières en broutant de l'herbe puis en déféquant dans l'eau. En Colombie, les animaux de Pablo Escobar ont exactement le même rôle, amenant de la matière organique terrestre et des nutriments dans les écosystèmes aquatiques. Mais cela pourrait avoir un impact différent dans ce pays d'Amérique latine.

Un vrai dilemme en Colombie

La population croissante d'hippopotames, en prenant de plus en plus d'espace, constituerait une menace importante en terme de qualité d'eau pour le bassin du Río Magdalena. Elle augmente, en effet, la quantité de terre présente dans l'eau et contribue à modifier les planctons qui y sont présents, amenant à une multiplication des mauvaises algues.

"La fertilisation de l'eau la rend plus active. Les lacs sont plus productifs quand les hippopotames sont dedans. Cela peut changer le type d'algues et de bactéries qui s'y trouvent, créant des problèmes d'eutrophisation ou de production excessive d'algues", explique Jonathan Shurin, l'un des chercheurs de l'UCSD au média américain Newsweek.

L'eutrophisation est "un phénomène naturel de pollution des écosystèmes aquatiques dû à la prolifération de certains végétaux, le plus souvent des algues, recevant en trop grande quantité les nutriments, tels le phosphore ou l’azote, nécessaires à leur développement", explique le magazine Géo sur son site internet. Cela peut alors amener à des marée vertes. 

La population des hippopotames pourrait également fortement augmenter dans les années à venir, craint l'étude. Il y a donc urgence à agir maintenant "quand ils ne sont pas encore trop nombreux", souligne Jonathan Shurin. 

"Il existe un vrai dilemme en Colombie sur ce qu'ils doivent faire de ces hippopotames. D'un côté, ils attirent les touristes et la curiosité. De l'autre, ils sont une menace pour l'homme et l'environnement", conclut le chercheur.
Clément Boutin