BFMTV

REPORTAGE - A Rio, "le peuple brésilien se réveille"

Manifestation de masse le 20 juin à Rio de Janeiro.

Manifestation de masse le 20 juin à Rio de Janeiro. - -

Alors que les maires de plusieurs grandes villes ont consenti à annuler l’augmentation du prix des billets de transports, à l’origine du mouvement social qui embrase le Brésil depuis deux semaines, Rio s’est de nouveau enflammé jeudi soir. BFMTV.com était sur place.

L’annulation de l’augmentation du prix des billets de transports mercredi n’y a rien changé. Près de 300.000 personnes sont descendues dans les rues de Rio de Janeiro jeudi soir, soit trois fois plus que lundi où déjà tous les records depuis vingt ans avaient déjà été battus.

"Cette augmentation, ce n’était que la goutte d’eau, cela ne résout rien, le problème est bien plus grand", explique Cicero, 44 ans, résumant l’état d’esprit de la foule de manifestants venus protester une fois de plus dans le centre de Rio. "Le peuple brésilien, fatigué de tant de corruption et de ces dirigeants arrogants, se réveille", ajoute le chercheur et écrivain, écharpe du Brésil autour du cou.

A l’image de Cicero, la population était beaucoup plus hétérogène dans le cortège, jeudi soir, alors que la manifestation de lundi comportait une large majorité d’étudiants et de jeunes cariocas, massivement mobilisés grâce aux réseaux sociaux. Christina, 48 ans, accompagne sa fille. Elle exprime à son tour "sa fatigue et son indignation devant l’action politique générale". Cette fonctionnaire estime qu’il faut aujourd’hui que le Brésil "se rénove et devienne un pays nouveau, plus honnête et mois corrompu".

Dilma Rousseff épargnée

Malgré les critiques constantes contre le pouvoir politique, que ce soit dans les slogans ou sur les pancartes brandies par les manifestants, la plupart d’entre eux n’en veut pas à Dilma Rousseff, la présidente du Brésil. "Je ne suis pas en colère contre elle, mais elle doit comprendre qu’elle ne peut pas décider seule le bien et le mal du pays et surtout qu’elle ne doit pas lutter contre la pauvreté aux dépens de la classe moyenne", indique Christina.

"J’aime beaucoup Dilma, je n’ai pas de problème avec elle", renchérit Jessica, 21 ans. "Il s’agit d’un mouvement de toute la société qui a besoin d’un meilleur système de santé, d’une meilleure éducation et de meilleurs transports", complète cette étudiante en droit, peinturlurée aux couleurs du Brésil de la tête aux pieds.

Le calme avant la tempête

Le mouvement, qui a pris de l’ampleur ces derniers jours, n’est ainsi pas près de se consumer. Tous les manifestants rencontrés jeudi soir se disent prêts à descendre de nouveau dans la rue pour défendre leur cause. Ce qui ne semble pas déranger ce policier en faction à un carrefour. "Toute protestation pour le bien du pays est la bienvenue, tant que cela se fait sans violence, sans vandalisme", souligne-t-il.

Cependant, cette fois encore, alors que tout s’était déroulé dans le calme depuis 17 heures jusqu’à la dispersion du cortège, devant la mairie de Rio, les événements ont fini par dégénérer aux alentours de 20 heures. Des manifestants se sont mis à affronter les forces de l’ordre et la confusion régnait encore en fin de soirée dans tout le centre-ville, tout comme dans de nombreuses autres grandes villes du Brésil jeudi soir, dont la capitale Brasilia.

A LIRE AUSSI:

>> "Les Brésiliens ne veulent plus être les spectateurs des changements de leur pays"

>> Le mondial de football va-t-il suffire à redresser l’économie brésilienne?

>> Brésil: manifestations monstres contre le coût du Mondial

Corentin Chauvel à Rio de Janeiro