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Allemagne: le nouveau gouvernement tripartite veut ouvrir le pays au cannabis récréatif

Du cannabis à usage médical à la ferme de l'association Apepi, le 9 septembre 2021 à Paty do Alferes, près de Rio de Janeiro, au Brésil (PHOTO d'ILLUSTRATON)

Du cannabis à usage médical à la ferme de l'association Apepi, le 9 septembre 2021 à Paty do Alferes, près de Rio de Janeiro, au Brésil (PHOTO d'ILLUSTRATON) - MAURO PIMENTEL © 2019 AFP

La légalisation du cannabis dans le cadre d'une vente encadrée est un cheval de bataille du programme porté par la coalition SPD-Verts-FDP. L'Allemagne deviendrait ainsi le troisième pays membre de l'UE, après les Pays-Bas et le Luxembourg, à autoriser l'usage du cannabis à des fins récréatives.

Il s'agirait d'une décision historique à l'échelle européenne. L'Allemagne, qui vient de conclure un accord de gouvernement entre les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux, pourrait bien mettre un terme à l'ensemble de l'arsenal législatif réprimant la consommation de cannabis sur son territoire dans un avenir proche. Cette légalisation est en effet l'un des points saillants du programme défendu par la coalition dite "feu tricolore".

La future équipe exécutive, dont le social-démocrate Olaf Scholz est le chef de file, a d'ores et déjà esquissé les contours de cette mesure. Le successeur d'Angela Merkel souhaite mettre en branle "la distribution contrôlée de cannabis aux adultes à des fins de consommation dans des magasins agréés". Cette formulation figure au sein du contrat signé entre le SPD (les sociaux-démocrates), les Verts et le FDP (libéraux).

La nature exacte des points de vente n'a cependant pas encore été déterminée. La Fédération des pharmaciens a d'ores et déjà soumis l'idée de proposer du cannabis à la vente dans les officines, en complément des bureaux de tabac et des coffee-shops.

Cannabis thérapeutique autorisé dès 2017

Avec cette décision, l'Allemagne deviendrait ainsi le second pays membre de l'Union européenne, après les Pays-Bas, à autoriser la vente encadrée de cannabis. Récemment également, le Luxembourg a autorisé la culture du cannabis à domicile et sa consommation dans la sphère privée.

Comme le précise l'AFP, le pays était déjà doté d'une législation bien moins contraignante à ce propos en comparaison avec ses voisins européens. Pour exemple, la détention de quelques grammes destinés à une consommation personnelle est autorisée dans certaines villes, à l'instar de Berlin. Par ailleurs, l'usage du cannabis à des fins thérapeutiques a été autorisé en Allemagne dès 2017.

Une urgence sanitaire

La décision du nouveau gouvernement composite s'appuie notamment sur des considérations sanitaires. Un socle commun entre les Verts et les libéraux - favorables de longue date à cette question de la légalisation du chanvre - qui a su convaincre le SPD, plus réticent sur le sujet.

La coalition fait en effet valoir que la mainmise de l'Etat permettrait de contrôler la qualité des produits consommés alors que la nature des ces derniers alarme de plus en plus les autorités sanitaires.

En 2019, les conclusions d'une équipe scientifique de l'université d'Ulm avaient mis en lumière que presque huit fois plus de cas de psychose liés au cannabis avaient été observés cette même année qu'en 2011. Explication: durant la même période, la teneur en THC (tétrahydrocannabinol) du cannabis consommé avait nettement augmenté.

Depuis les années 2018 et 2019, les autorités sanitaires tirent également la sonnette d'alarme quant à la circulation de nouveaux cannabinoïdes de synthèse disposant d'un taux de THC très élevé. Par ailleurs, elles signalent que le cannabis vendu directement sur les trottoirs est très fréquemment coupé avec d'autres substances toxiques, telles que de la laque, du sable ou encore du Brix, un adhésif de synthèse destiné à gonfler artificiellement le poids de l'herbe, explique l'AFP.

L'argument financier

D'autre part, la coalition tricolore s'appuie, pour défendre cette mesure, sur les retours financiers avantageux qui en découleraient. Des économistes de l'université Heinrich-Heine de Düsseldorf ont récemment réalisé une estimation pour l'Association allemande du chanvre. Ses résultats sont éloquents: les autorités fiscales, empochant des impôts supplémentaires et ne déboursant plus aucun euro dans le cadre de poursuites judiciaires contre consommateurs ou dealers, pourraient économiser jusqu'à 4,7 milliards d'euros par an, relaient nos confrères allemands de Die Welt (en allemand).

Par ailleurs, cette même étude envisage qu'une taxe sur le cannabis calquée sur celles du tabac ou de l'alcool rapporterait à elle seule 1,8 milliard d'euros. Les conclusions de l'étude évaluent également à 27.000 le nombre d'emplois créés dans le sillage de cette légalisation du cannabis.

La légalisation du chanvre ne fédère toutefois pas outre-Rhin. Entre les syndicats de policiers et les addictologues, qui redoutent une consommation accrue du cannabis notamment par les plus jeunes adultes, les contempteurs sont aussi politiques:

L'Etat doit-il vraiment gagner de l'argent en plongeant ses citoyens dans le danger de la dépendance, des psychoses permanentes et de la souffrance physique et mentale ? Je pense que c'est immoral, dénonce Stephan Pilsinger, porte-parole de la CDU dans la lutte anti-drogues, auprès de l'AFP.

En France, seule la molécule non psychotrope du cannabis, le CBD, a vu officiellement sa vente autorisée au moins de juillet dernier. La question de la légalisation du cannabis figure au centre des débats pour la prochaine élection présidentielle de 2022, pomme de discorde entre certains candidats qui se prononcent en sa faveur et d'autres non.

Hugo Roux