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Algérie: comment va se dérouler l'après-Bouteflika?

Avec l'annonce de la démission de Bouteflika s'ouvre une période de grande incertitude sur le processus de transition politique.

Abdelaziz Bouteflika a annoncé sa démission ce mardi soir après vingt ans à la tête de l'Algérie. Avec cette décision s'ouvre une période de grande incertitude sur le processus de transition politique. 

Bouteflika avait d'abord officialisé sa candidature pour un cinquième mandat avant de décider d'annuler l'élection présidentielle du 18 avril, prolongeant ainsi sine die son mandat en cours et provoquant une grogne de la rue. Pendant six semaines, les Algériens sont descendus dans la rue demandant la démission du chef de l'Etat. 

Un vide institutionnel

Lundi soir, Bouteflika avait annoncé qu'il démissionnerait "avant le 28 avril", date à laquelle son mandat expire constitutionnellement. Cela aurait pu éviter au pays un vide institutionnel. Le communiqué présidentiel indiquait alors que Bouteflika et son gouvernement allaient prendre "d’importantes décisions", conformément à la Constitution, afin "d’assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’Etat durant la période de transition qui s’ouvrira à la date à laquelle il décidera sa démission". 

Bouteflika refusait catégoriquement que soit mis en oeuvre l'article 102 de la Constitution relatif à "l'empêchement". L'armée aura ainsi certainement précipité la démission du président ce mardi soir. Le chef d'état-major, le général Ahmed Gaïd Salah, a en effet demandé que soit "appliquée immédiatement" cette procédure constitutionnelle permettant d'écarter le président du pouvoir. 

De nouveaux appels à manifester

  • Après l'annonce de la démission de Bouteflika, de nombreux Algériens sont descendus dans les rues. "On savoure cette victoire", a déclaré sur notre antenne Farid Yaker, co-organisateur des manifestations algériennes à Paris. "C'est grâce à ces manifestations que nous avons eu le départ du clan Bouteflika." 

"La mobilisation doit continuer", a t-il poursuivi. "Il y a des incertitudes par rapport à la suite et on veut s'assurer que la transition sera gérée par des personnes qui ont la confiance du peuple", a t-il ajouté appelant à la mobilisation vendredi et dimanche prochain.

Pour les Algériens, la démission de Bouteflika n'est qu'une "étape". Ces derniers réclament le départ de l'ensemble des individus qui ont travaillé main dans la main avec le régime. 

Vers la formation d'une constituante

"Deux scenarii semblent à présent possibles: l'annonce de la formation d'une constituante, c'est-à-dire une assemblée démocratique chargée de préparer l'avenir. C'est certainement ce que souhaite la rue: qu'une feuille de route soit établie pour sortir de l'inconnu. L'autre option est la tenue d'élections présidentielles prochainement", explique Ulysse Gosset, spécialiste des questions internationales à BFMTV. 

Plusieurs questions se posent alors: quels mécanismes pour la désignation des membres de cette constituante ? En cas de présidentielles, qui pourra assurer l'intérim dans l'attente du scrutin? "Le peuple n'acceptera pas que quelqu'un issu du régime soit en charge de la transition démocratique. Le peuple sera donc mobilisé jusqu'à ce que la transition soit faite", affirme Farid Yaker.

Plusieurs candidats à l'interim

Président depuis près de 17 ans du Conseil de la Nation, chambre haute du Parlement, Abdelkader Bensalah, est normalement chargé par la Constitution d'assurer l'intérim après la démission de Bouteflika. 

Néanmoins, selon Farid Yaker, sa prise de fonction n'est pas garantie. "Certains disent qu'il n'a pas les capacités. Il est contesté par la rue et au sein du régime. Il est cependant dur de savoir qui le remplacerait ?"

"Il y a pléthore de candidats. La plupart ne sont pas fondamentalement des gens qui ont travaillé avec l'ancien régime mais certains d'entre eux sont contestés par la rue", explique sur notre antenne Farouk Atig, grand reporter et spécialiste du monde arabo-musulman. "Parmi eux, notamment, Abderrezak Makri, chef du Mouvement pour la Société et la Paix (MSP). Lui et d'autres chefs de l'opposition multiplient les réunions pour construire la transition. Mais la rue veut un coup de balai. Au delà de l'euphorie ils ne sont pas dupes et ils font bien comprendre que c'est eux qui veulent décider du sort de l'Algérie."

  • L'armée joue un rôle central

L'armée agit dans un cadre constitutionnel. Elle veut se positionner comme un acteur de la transition parce qu'elle estime être la garante de l'Etat. Mais les Algériens ne veulent pas de l'institution militaire comme unique artisan de la transition. 

Cyrielle Cabot