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Libye: la France est-elle prête à intervenir militairement?

Des miliaires français stationnés sur la base de Madama au Tchad, à proximité de la frontière libyenne.

Des miliaires français stationnés sur la base de Madama au Tchad, à proximité de la frontière libyenne. - Issouf Sanogo - AFP

Au lendemain du bombardement des sites de l'Etat islamique en Libye, le président égyptien al-Sissi a réclamé mardi une résolution de l'ONU pour une intervention internationale dans le pays. Une volonté qui fait écho à une idée présente depuis longtemps dans la tête des Occidentaux, sans être suivie de faits.

"Ce serait une erreur profonde pour la communauté internationale de rester passive face au développement d'un tel foyer de terrorisme au cœur de la Méditerranée. Il ne faut pas l'accepter". Cette déclaration le 31 décembre dernier du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, alors en visite au Tchad, trouve désormais un écho un peu plus fort. Mardi matin, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à voter une résolution pour une intervention militaire internationale en Libye, gangrenée par l'anarchie et le terrorisme.

Cet appel du Caire à l'attention des Occidentaux intervient au lendemain de frappes menées par l'armée de l'air égyptienne sur des positions de l'Etat islamique chez son voisin libyen, en représailles à la décapitation de chrétiens coptes égyptiens. Mais tradition diplomatique oblige, le vote d'une telle résolution par le Conseil de sécurité de l'ONU, s'il était décidé, pourrait prendre des mois.

Une base française à la frontière libyenne

Avec ce geste fort, l'Egypte veut se poser comme le rempart à l'Etat islamique et surtout l'allié central des Occidentaux dans cette région. "La Libye est une entité artificielle fait de nombreuses divisions", rappelle Yves Boyer, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS). "Elle tenait du fait de la main de fer de Kadhafi. Les groupes jihadistes se sont retrouvés en Libye car ils prospèrent là où il y a le chaos".

La Libye a beau être qualifiée de "sanctuaire terroriste dans l'environnement immédiat du continent européen" par Jean-Yves Le Drian, François Hollande s'est montré ferme il y a quelques semaines. La France n'interviendra pas seule, conséquence de son intervention ratée en Syrie en 2013 après le retrait des Etats-Unis, car "c’est à la communauté internationale de prendre ses responsabilités", a déjà insisté le président de la République. Préoccupé, toutefois, Paris a déjà pris des dispositions.

Pas de troupes au sol

"La France est concernée par ce territoire car des nuisibles arrivent d'Afrique noire par le sud de la Libye. L'armée française a installé une base à Madama au Tchad, proche de la frontière libyenne", détaille Yves Boyer.

Agir en Libye, certes, mais comment? "Il faut sortir de l'idée d'une intervention traditionnelle", insiste le spécialiste des relations internationales. "Je vois mal les Européens envoyer des troupes au sol en Libye. "Car si l'Italie s'est dite prête ce week-end à intervenir sur le terrain libyen, et que l'Occident s'accorde sur la dimension inquiétante que prend la situation, cette opération semble compliquée. "Intervenir mais pour quoi faire et pour aller où?", s'interroge Yves Boyer. "Il y a un réel problème de définition des effets recherchés".

Créer une "coalition de renseignement"

Pour limiter l'expansion et le développement des groupes jihadistes et casser les réseaux, la France pourrait faire le choix d'une guerre confidentielle, composée d'actions de renseignement, d'opérations ciblées. "Il s'agirait d'une action de longue haleine qui utilise des moyens de subversion de l'ennemi: casser les réseaux financiers, tuer les chefs jihadistes...", complète le directeur adjoint de la FRS.

Pour lui, la France pourrait se tourner vers ses alliées locaux, alors que Paris est déjà engagée militairement dans l'opération "Barkhane" avec une présence dans cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad). "Cette intervention, si elle se fait, repose plutôt sur un travail entre les Français, l'Egypte et le Tchad", imagine Yves Boyer. Les Italiens peuvent s'engager. "Il faut créer une coalition de renseignement". 

Justine Chevalier