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Egypte: "Morsi n'a pas exercé le pouvoir de manière démocratique"

Le 3 juillet, un homme brandissait un drapeau égyptien pour fêter la destitution de Mohamed Morsi.

Le 3 juillet, un homme brandissait un drapeau égyptien pour fêter la destitution de Mohamed Morsi. - -

La difficile transition démocratique égyptienne préoccupe la communauté internationale. Alors que les heurts continuent entre pro et anti-Morsi, la question du sort du l'ancien président reste au cœur du problème.

Des heurts ont à nouveau éclaté ce vendredi entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi en Egypte. Certains, les Frères musulmans dont le président déchu est issu dans la rue, mais aussi le secrétaire général Ban Ki-moon à l'ONU, réclament sa libération. Pas pour les mêmes raisons. L'essayiste et chercheur en géopolitique à Paris VIII Masri Feki, natif du Caire, a analysé la situation pour BFMTV.com.

Morsi emprisonné sans jugement, sans avocat, sans défense

La communauté internationale n'est pas extrêmement à l'aise face aux récents événements égyptiens. Le paradoxe semble en réalité irréductible. "Si Mohamed Morsi a été élu démocratiquement, il n'a pas exercé le pouvoir de manière démocratique, explique Masri Feki. Pendant un an, il a confisqué le pouvoir législatif et empêché la tenue d'élections législatives. Il a aussi opéré une véritable purge au sein du pourvoir judiciaire et méconnu le principe de base de séparation des pouvoirs constitutif de toute démocratie moderne".

Ce n'est donc pas tant sa destitution, ni même son arrestation, mais l'arbitraire qui est en ici au cœur du problème. "Mohamed Morsi a été emprisonné et arrêté sans jugement, sans avocat, sans défense, sa famille ne sait même pas où il est détenu", détaille le chercheur.

Une justice à double détente

Certes, les juges égyptiens ont inculpé ce vendredi Mohamed Morsi pour une complicité avec le Hamas remontant au début 2011, mais n'était-il pas temps de donner à cette arrestation un cadre juridique? "Il n'est pas question de libérer Mohamed Morsi, mais de donner à son arrestation un caractère juridique", explique Masri Feki.

La remarque vaut aussi à propos des "arrestations massives de membres de la Confrérie des Frères musulmans qui sont jugés pour des affaires qui remontent à des années en arrière, constate-t-il. On aurait pu les juger plus tôt, bien avant ce coup de force. L'ingérence de l'armée dans les affaires politiques est inquiétante pour un pays qui avance sur la voie de la transition démocratique".

Une influence grandissante des islamistes

Au paradoxe d'une transition démocratique portée par la rue qui "a fait office de Parlement" et conjointement, mais d'une manière beaucoup plus autoritaire par l'armée, s'ajoute le poids géopolitique des islamistes. "Les Frères musulmans sont arrivés au pouvoir dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Ils sont dans une position de force en Turquie, en Tunisie, au Maroc en Jordanie, avec une même appartenance idéologique", explique Masri Feki.

Poussant le raisonnement, il va jusqu'à affirmer que "même en Egypte, il n'est pas exclu que les Frères musulmans ou un parti apparenté obtiennent une place importante au sein du pouvoir. C'est une situation assez compliquée pour tous ceux qui avaient parié sur une transition démocratique" après le départ d'Hosni Moubarak.

"Si le général Al-Sissi a affirmé au nom du Conseil supérieur des forces armées avoir transféré le pouvoir au président de la Haute cour constitutionnelle, prévient Masri Feki, il reste de fait l'homme fort du pays".

David Namias