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Algérie: cette guerre intestine avec l'armée qui a eu raison de Bouteflika

Le clan Bouteflika a finalement cédé face à l'armée, ce mardi soir. Le général Ahmed Gaïd Salah avait fortement accentué la pression sur la présidence ces dernières semaines, jusqu'à demander sa mise à l'écart "immédiate" ce mardi. Une pression qui s'est ajoutée à celle exercée depuis des semaines par les manifestants.

Après avoir été la cible d'une contestation inédite pendant plus d'un mois, le président algérien a fini par démissionner ce mardi. Un départ précipité par l'armée qui "découle d'une guerre interne", selon Naouffel Brahimi El Mili, politologue invité de notre antenne ce mardi soir.

Tour à tour ces dernières semaines, les soutiens les plus proches du président avaient réclamé son départ du pouvoir. C'est l'armée qui avait ouvert la voie au départ du président fin mars, en réclamant qu'Abdelaziz Bouteflika soit déclaré inapte à exercer le pouvoir.

"Cette démission est le fruit de nombreuses tractations entre d'anciens du régime dont Ahmed Gaïd Salah (le chef d'état-major des armées), et des proches du clan Bouteflika", décrypte Naouffel Brahimi El Mili, grand reporter spécialiste du monde arabo-musulman. 

Pression "maximale" de l'armée

La déclaration du chef d'état-major des armées le 26 mars dernier avait surpris, puisque ce vice-ministre de la Défense était considéré comme un des plus proches du président. C'est encore lui, ce lundi, qui a précipité la chute de Bouteflika en demandant sa mise à l'écart "immédiate", puis en affirmant que l'armée ne se soumettrait plus aux décisions venues de la présidence.

"Pour la première fois, le ton particulièrement dur employé par le chef de l'état-major des armées à l'encontre du clan Bouteflika lève le voile sur ce qu'était vraiment le régime opaque algérien. Pour le forcer à véritablement quitter le pouvoir, Ahmed Gaïd Salah n'a pas hésité à parler de 'bande au pouvoir' et lui a lancé, droit dans les yeux 'assez de cette bande anti-constitutionnelle qui a mis sur pied une fausse démission!' Voilà ce qui a fait pencher la balance", analyse notre éditorialiste politique Ulysse Gosset.
"Cette véritable guerre souterraine qui a eu lieu, s'est déroulée entre deux clans qui étaient encore amis il y a encore quelques semaines de cela", abonde Farouk Atig, grand reporter spécialiste du monde arabo-musulman à notre antenne.

"Les tractations (entre l'armée et le pouvoir) avaient d'abord commencé dans le calme, puis elles ont été précipitées au fur et mesure des manifestations. Des deux côtés, il n'y a eu que des effets d'annonce qui ne visaient pas à rassurer la population mais à essayer de s'attirer la population, de tirer la couverture vers soi", explique Naouffel Brahimi El Mili.

Multiples défections dans le clan Bouteflika

Les défections s'étaient multipliées dans le clan Bouteflika ces derniers jours, une vingtaine de députés ayant démissionné du parti traditionnel, le FLN (Front de libération nationale). "Le clan présidentiel savait qu'il était en perte de vitesse et que c'était désormais une question de jours, voire d'heures. C'était inéluctable. C'est d'ailleurs pour cela qu'a été que cette annonce a été précipitée", indique Farouk Atig, grand reporter spécialiste du monde arabo-musulman à notre antenne.

Tous ces bouleversements politiques ne seraient jamais arrivés sans la pression populaire, tient enfin à souligner Farid Yaker, le co-organisateur des manifestations algériennes à Paris. "Si la donne a changé cette fois-ci, c'est que l'irruption de la rue sur la scène politique a fait que l'armée a été contrainte de prendre cette position. Sans les manifestations du 22 février, Bouteflika serait encore au pouvoir", assure-t-il.

La grande question est désormais la suivante: que va va-t-il advenir du clan Bouteflika? Désormais, la principale figure proche du président reste son frère et influent conseiller Saïd, de 21 ans son cadet. "Vu les fortunes qui sont en jeu, le pouvoir de nuisance (du clan Bouteflika) peut encore exister, prédit Naouffel Brahimi El Mili.

Jeanne Bulant