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Affaire Khashoggi: le Washington Post publie sa dernière tribune, envoyée juste avant sa disparition

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- - OZAN KOSE / AFP

Peu avant sa disparition et son assassinat présumé, Jamal Khashoggi se livrait à un plaidoyer vibrant pour la libéralisation de la parole dans le monde arabe. Un point de vue qui lui a vraisemblablement coûté la vie.

C'est un document qui éclaire d'un jour nouveau la disparition et l'assassinat présumé de Jamal Khashoggi, lors d'une visite au consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre dernier. Le Washington Post publie ce mercredi 18 octobre la dernière tribune rédigée par le journaliste, critique envers le pouvoir saoudien, peu avant sa disparition. 

Comme le note la responsable de la rubrique en préambule de l'article, ce texte a été reçu par le Post, où Khashoggi écrivait régulièrement depuis un an, le lendemain de sa disparition. Au vu des circonstances, le quotidien a décidé d'ajourner sa publication, dans l'espoir que le journaliste réapparaisse et de pouvoir "l'éditer ensemble". "Maintenant, je dois me rendre à l'évidence: cela n'arrivera plus", regrette Karen Attiah.

"Cette tribune reflète parfaitement son engagement et sa passion pour la liberté dans le monde arabe. Une liberté pour laquelle il a apparemment donné sa vie", ajoute-t-elle.

Un plaidoyer pour la liberté d'expression dans le monde arabe

Dès le titre - "Ce dont le monde arabe a le plus besoin est la liberté d'expression" -, ce texte s'annonce en effet comme un plaidoyer vibrant en faveur d'une libéralisation de la parole dans les pays arabes et en premier lieu, le sien, l'Arabie saoudite. Jamal Khashoggi déplore le fait que toute parole contestataire soit censurée et en appelle à la création d'un grand média de langue arabe traitant de façon neutre de l'actualité internationale.

Il évoque à l'appui le cas d'un ami, un écrivain saoudien, condamné à cinq ans de prison pour une tribune critique envers le pouvoir. Un exemple qui résonne de façon cruelle alors que l'on devine tout juste le sort réservé à Khashoggi, bien pire qu'une peine de prison. Selon les derniers éléments révélés par la presse américaine, ce 2 octobre, Jamal Khashoggi aurait été drogué puis démembré vivant à la scie, quelques minutes seulement après avoir mis les pieds dans l'ambassade saoudienne. 

Ce mercredi, la liste des annulations avant le grand sommet économique saoudien de Ryad, du 23 au 25 octobre prochain, ne cessait de s'allonger. Cette conférence devait servir de vitrine aux réformes économiques lancées par le prince héritier Mohammed ben Salmane. L'homme fort du pouvoir saoudien est fortement suspecté d'être impliqué dans la disparition de Khashoggi, qui aurait été orchestrée par des très proches. 

Si toute la vérité est loin d'être faite sur sa mort, les derniers mots de Jamal Khashoggi auront au moins trouvé leur audience: l'article était le plus lu sur le site du Washington Post ce jeudi. 

Claire Rodineau