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Une mine d'or au Pays basque? Le projet qui scandalise les habitants

Une manifestation à Espelette contre le projet de Sudmine le 11 février 2017

Une manifestation à Espelette contre le projet de Sudmine le 11 février 2017 - Iroz Gaizka-AFP

Citoyens, associations et élus avaient jusqu'à ce vendredi pour donner leur avis sur une demande de permis de recherche d'or concernant onze communes du Pays basque. Le projet est loin de faire l'unanimité.

Une mine d'or au Pays basque? Une consultation publique ouverte fin janvier - appelant citoyens, associations et élus à s'exprimer sur le sujet - s'achève ce vendredi. Selon l'annonce du ministère de l'Économie, "la société Sudmine a déposé une demande de permis exclusif de recherches de mines" (Perm), appelé permis Kanbo - étape préliminaire avant la concession donnant le droit de réaliser des travaux d'exploitation - avec pour objet la recherche "d'or et substances connexes" sur une superficie de 126 km2 touchant onze communes des Pyrénées-Atlantiques et pour trois ans. Bercy doit donner son feu vert ou non d'ici le mois d'avril.

"Sudmine (qui a un projet similaire en Bretagne, NDLR) mènera des travaux d'exploration légère, ainsi qu'une étude de préfaisabilité préalable à l'éventuelle mise en exploitation d'un gisement aurifère de taille modeste (…) et facilement récupérable à l'aide de moyens mécaniques simples, et ayant un faible impact environnemental", précise la société dans son dossier de demande.

"Les terres seraient perdues à jamais"

Mais les habitants de la région, mobilisés, ne l'entendent pas ainsi. Les opposants au projet, qui ont lancé une pétition, redoutent une pollution de l'eau et des sols.

"Un projet minier priverait les générations futures, s'indigne pour BFMTV.com Martine Bouchet, porte-parole du Collectif des associations de défense de l'environnement (Cade). Car si le projet voyait le jour, les terres seraient perdues à jamais. Même sans utilisation de produits chimiques extérieurs, l'exploitation libère des éléments naturellement contenus dans le sol et rend la terre impropre à la culture. Tout le périmètre serait pollué."

Sans compter que deux appellations d'origine protégées (AOP) sont présentes sur la zone. Pour les producteurs de piment d'Espelette et de fromage Ossau-Iraty, une autorisation de prospection serait une catastrophe. "Nous sommes sur un territoire vivant, habité, de qualité, insiste pour BFMTV.com Ramuntxo Lecuona, président du syndicat de l'AOP du piment d'Espelette. Nous sommes un élément de la dynamique agricole de cette région: 1.000 hectares sont agréés pour cette production. L'année dernière, nous avons planté 230 hectares de piment d'Espelette." Il craint que l'avenir de ces AOP ne soit mis en péril par ce projet.

À la recherche d'or primaire?

Si, officiellement, Sudmine n'est à la recherche que d'or secondaire - plus facile à extraire - les opposants craignent une extraction d'or primaire - soit le filon pris dans la roche - qui nécessite l'utilisation de produits toxiques, comme cyanure ou mercure. "L'utilisation de produits chimiques, du concassage de pierres libérant d'autres produits comme l'arsenic (…) engendre(nt) un risque de pollution de l'air, des sols, de la nappe phréatique et des cours d'eau", pointe le Cade.

Michael Laloua, un représentant de la société, a récemment assuré à Sud Ouest que "l'extraction d'or primaire ne se fera pas". "Nous sommes d'ailleurs prêts à prendre l'engagement d'une activité bornée à l'or secondaire", a-t-il indiqué. Pourtant, le dossier stipule que "à terme, Sudmine pourrait solliciter le renouvellement voire l'élargissement du périmètre du Perm de Kanbo afin de se focaliser davantage sur ces indices d'or primaire, qui nécessiteraient des travaux bien plus considérables, tant sur la durée que sur les coûts envisagés".

Avis défavorable du ministère de l'Agriculture

Les onze communes concernées par le projet se sont prononcées contre. Tout comme le conseil de développement du Pays basque, la nouvelle communauté d'agglomération du Pays basque - qui représente 158 communes - ou encore la région Aquitaine. Tous évoquent "la menace pour l'économie locale", les "possibles risques de pollution", ou encore la propagation de "substances susceptibles de nuire à la qualité des eaux".

Pour le maire d'Espelette, ce projet est un non-sens économique. "On a beaucoup d'agriculteurs qui sont en train de s'installer, a affirmé à BFMTV.com Jean-Marie Iputcha. On ne voit pas la nécessité d'un tel projet, notre région est dynamique d'un point de vue économique, ce n'est pas un désert rural." Et selon lui, élus de droite comme de gauche y sont unanimement opposés.

De même, le ministère de l'Agriculture a émis un avis défavorable, évoquant la "faible disponibilité" de terres agricoles, les conséquences non précisées "en termes de rejets et pollutions éventuelles" et "l'atteinte à la production et à l'image des AOP".

Une étude réalisée par le président de Sudmine

Selon une étude réalisée par GéoPlusEnvironnement, un bureau qui se présente comme "indépendant" et spécialiste de "l'industrie minérale", les impacts environnementaux du Perm de Kanbo seraient "très faibles à nuls sur les milieux naturels, les eaux superficielles, la qualité de l'air". Mais l'indépendance du bureau d'études semble sujet à caution: son directeur n'est autre que Christian Vallier, lui-même président de Sudmine - ce dernier s'est dit "désolé" de ne pouvoir répondre aux questions de BFMTV.com. D'ailleurs, un rapport de la Dreal indique que Sudmine "regroupe 4 sociétés", dont GéoPlusEnvironnement.

Ces dernières années, plusieurs permis de recherche d'or ont été accordés. Comme en 2013, sur les départements de la Sarthe et de la Mayenne, ou encore l'année suivante dans le Maine-et-Loire, mais aussi en janvier dernier en Haute-Vienne. Si la relance de l'activité minière a été évoquée par les ministres Arnaud Montebourg puis Emmanuel Macron, le sujet est loin de faire l'unanimité. La dernière mine d'or de France a été fermée en 2004: Salsigne, exploitée pendant plus d'un siècle, est au cœur d'un vaste scandale de pollution. L'ancienne mine, située dans l'Aude à une quinzaine de kilomètres de Carcassonne, est même qualifiée de site le plus pollué de France.

Le ministre "ne peut pas s'exprimer"

"Si le permis de recherche est refusé, on fera une grande fête, prévient Martine Bouchet. Mais s'il est validé par le ministère de l'Économie, nous n'accepterons pas cette décision. Sudmine nous trouvera sur son chemin tout le temps."

Le cabinet de Christophe Sirugue, secrétaire d'État à l'Industrie, a indiqué à BFMTV.com que la demande de permis exclusif de recherche étant en cours - "cette instruction est obligatoire et suit la procédure réglementaire prévue avec une consultation publique dont le traitement sera clos mi-mars" - le ministre "ne peut donc pas s'exprimer sur la suite qui pourra être donnée".

https://twitter.com/chussonnois Céline Hussonnois Journaliste BFMTV