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Plus suave, plus alcoolisé: le réchauffement climatique va changer le goût du vin

Vendanges précoces, rendement en baisse, saveur plus suave, taux d'alcool en hausse: le vin français va évoluer avec le changement climatique. Mais jusqu'où?

Un verre de Sussex, une cuvée Copenhague? Le réchauffement climatique en marche commence à produire ses effets sur la viticulture française. Les vendanges se font désormais quasiment au 15 août. On est dans une tendance où les dates de vendange sont en avance de quinze jours à trois semaines par rapport aux dates des années 80, note ainsi Jean-Marc Touzard, directeur de recherche à l'INRA.

C'est un fait, les fortes chaleurs de l'été 2018 transforment la manière de cultiver la vigne. Mais aussi, d'ores et déjà, le goût du vin lui-même.

"Les rendements vont baisser mais là, ça peut-être bénéfique parfois sur la qualité du raisin. On a aussi des effets directs du changement climatique sur la composition du raisin et donc sur les caractéristiques du vin. On va avoir des vins plus alcoolisés, un peu moins acides avec des changements dans les profils aromatiques", soutient Jean-Marc Touzard.

Et dans l'avenir, comme les choses vont-elles évoluer? Que devons-nous attendre des années 2028, 2038, 2048? Les vignobles français vont-ils perdurer jusqu'à ces échéances? "Jusqu'en 2050, on continuera à cultiver de la vigne dans tous les vignobles de France, parce que les viticulteurs vont s'adapter. Ils vont éventuellement modifier leur encépagement (autrement dit, changer de cépage, NDLR), modifier leur pratiques œnologiques et aussi modifier un petit peu la localisation de leurs vignes dans leur terroir", explique le chercheur.

Un grand cru de Normandie en 2050?

Après 2050, on peut effectivement se poser des questions, reconnaît ce directeur de recherches. Pourrait-on imaginer qu'un grand cru provienne alors, pourquoi pas, de Normandie ou des Flandres? Bordeaux et Bourgogne verront-ils naître une nouvelle concurrence? 

"Effectivement, de nouvelles terres, de nouveaux sols vont être disponibles pour la culture de la vigne parce qu'il fait plus chaud. On va pouvoir cultiver de la vigne au nord de l'Europe: dans les Flandres en Belgique, par exemple, ou au Danemark, en Angleterre où on a déjà de nouveaux vignobles. Mais pour autant, ce n'est pas parce que l'on va pouvoir cultiver de la vigne ponctuellement et faire de bons vins, des grands crus peut-être, qu'on aura de grands vignobles. Pour construire un grand vignoble, il faut du temps, il faut des investissements importants. Et puis, il existe des risques, comme les gelées tardives qui vont continuer à affecter le nord de l'Europe et qui vont handicaper ces investissements", détaille Jean-Marc Touzard.

L'aléa, comme pour toute économie, risque de rendre les acteurs de ce secteur particulièrement vulnérables face au changement climatique. Mais tout dépendra de l'ampleur du changement climatique envisagé, et du reste de contrôle que l'homme conservera sur cette évolution. 

"Après 2050, soit on arrive dans une perspective vertueuse et on stabilisé le climat à plus 1 ou 2°. C'est ce que recherchent les accords de COP21. On refait alors des vins différents mais qui sont dans une perspective à long terme. Ou alors, on est sur le scénario du laisser-faire, le scénario de Donald Trump, et là on entre dans un monde complètement différent, très instable. Cette instabilité va poser beaucoup de problèmes aux viticulteurs, en termes de risques, d'années qui vont changer beaucoup plus souvent. Sans parler des vagues de chaleur, des gels et surtout des pluies intenses."

Des cartes d'Europe montrent déjà ce que donnerait un déplacement des cultures viticoles vers le nord de l'Europe à partir de 2050. Dans certaines de ces projections, toute une zone au sud de la Loire deviendrait impropre à la culture de la vigne. Une disparition qui toucherait aussi une part importante des terroirs italiens ou espagnols. Les cultures viticoles pourraient en revanche migrer vers la Belgique, l'Allemagne, la Pologne, le Danemark et même à la pointe septentrionale de la Suède.

David Namias