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Incendies: quelles différences entre un pyromane et un incendiaire?

Alors qu'un incendiaire peut justifier son geste par des motivations rationnelles, le pyromane répond uniquement à ses pulsions.

Ce mardi, BFMTV a appris de source proche du dossier que, depuis le début de l'été, 25 personnes suspectées d'être des pyromanes avaient été arrêtées en France. Il leur est toutes reproché d'avoir déclenché des feux en série, alors que de nombreux départements français sont ravagés par les incendies depuis le début de l'été. En Gironde, près de 30.000 hectares sont partis en fumée en deux mois.

Cette vague d'interpellations illustre la gravité avec laquelle est prise la question des départs de feu volontaire par la justice française. Preuve en est, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a indiqué que l'importante reprise de feu qui s'est déclarée à Landiras il y a une semaine avait, selon les premiers éléments à disposition des enquêteurs, une origine criminelle.

Une pathologie rare

Mais il est primordial de préciser ici que tous les criminels du feu ne sont pas des pyromanes, un terme parfois utilisé à tort. La majorité des départs de feu volontaires seraient d'ailleurs l'œuvre d'incendiaires, alors que la pyromanie, une pathologie classée parmi les troubles du contrôle de l'impulsion, ne concernerait qu'1% de la population générale, selon un article de l'Institut australien de criminologie relayé par Slate. Comment distinguer alors les pyromanes des incendiaires?

"Ce sont les motivations qui vont différencier les deux personnes", expliquait le mois dernier sur notre antenne Marjorie Sueur, experte criminologue et psychologue clinicienne. "Un pyromane est quelqu'un qui va mettre le feu volontairement pour avoir une jouissance, trouver le plaisir que le feu va pouvoir lui apporter", continue-t-elle.

Des actes qui n'entrent pas dans le cadre de la rationalité. À l'inverse de l'incendiaire. Voisin jaloux, volonté de détruire, velléités commerciales... Ces derniers agissent toujours pour un motif précis. Ils ont un objectif, que le feu leur permet d'atteindre.

"L'incendiaire va plus être dans une motivation commerciale ou dans la vengeance", explique Marjorie Sueur.

Des origines profondes pour la pyromanie

Autre motif permettant de distinguer ces deux catégories de personnes, les origines derrière leurs actions. Alors qu'aucun élément précurseur ne permet d'identifier un incendiaire, les pyromanes partagent dans leur parcours certaines similitudes. Pour les identifier, il faut regarder du côté de l'Australie, qui fait face à des milliers de feux de forêt chaque année, pour mieux comprendre le phénomène.

Dans le pays, de nombreuses études ont été menées pour appréhender la pyromanie. Il en ressort que les pyromanes ont pour point commun une enfance difficile. Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne, avait déclaré à BFMTV en juillet que la pyromanie est "un trouble mental assez rare, qui se déclare durant l'enfance, principalement chez les garçons. C'est notamment le cas chez ceux qui ont eu une éducation répressive et maltraitante, avec une carence dans la possibilité à exprimer leurs émotions".

Un point de vue partagé par Marjorie Sueur, qui déclare: "le pyromane est dans une incapacité à communiquer. Donc il va prendre le feu. Il a vraiment une fascination pour le feu, qui est sa façon à lui de s'exprimer". Avant de continuer: "il y a une phase d'adrénaline, il va être dans une certaine agressivité. Le passage à l'acte va lui apporter une phase de soulagement, après la phase de fascination".

D'un point de vue juridique, il n'existe toutefois pas de distinction entre un pyromane et un incendiaire. Une personne reconnue coupable d'avoir allumé un feu peut être condamnée à 15 ans de prison, voire à la réclusion criminelle à perpétuité si le feu déclenché a fait des victimes. L'amende, elle, peut aller de 150.000 à 200.000 euros.

Jules Fresard