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Réchauffement climatique: des ours migrent en masse sur une île

Près de 200 ours polaires se rassemblent autour d'une carcasse de baleine sur l'île Wrangel, dans l'Arctique

Près de 200 ours polaires se rassemblent autour d'une carcasse de baleine sur l'île Wrangel, dans l'Arctique - AFP PHOTO / STEPHENSON family / Max STEPHENSON

Près de 200 ours polaires ont été aperçus sur l'île Wrangel, dans l'Arctique, en train de s'affairer sur la carcasse d'une baleine. Un regroupement inquiétant lié à la fonte des glaces et au manque de nourriture dont souffrent ces populations.

Les touristes venus admirer en bateau les paysages glacés de l'Arctique russe ont d'abord cru voir de petits blocs de banquise sur la rive. Il s'agissait en réalité de 200 ours polaires en plein festin, affairés sur la carcasse d'une baleine. Le large groupe comprenait de nombreuses familles, dont deux mères suivies chacune par quatre oursons, a raconté Alexandre Grouzdev, le directeur de la réserve naturelle de l'île Wrangel, dans l'Extrême-Orient russe.

Située dans la mer des Tchouktches dans le nord-est de la Sibérie, l'île Wrangel est traditionnellement l'endroit où les ours polaires se reposent entre août et novembre, après la fonte des glaces et avant de pouvoir repartir à la chasse aux phoques. Ils sont de plus en plus nombreux à s'y rendre et ils y passent aujourd'hui en moyenne un mois de plus qu'il y a 20 ans en raison de la fonte des glaces, selon Eric Regehr, spécialiste de l'Université de Washington. Cet automne, les observateurs en ont recensé 589, un nombre "anormalement élevé" et plus du double des estimations précédentes, s'inquiète ce chercheur.

Une conséquence du réchauffement climatique

Pour les scientifiques, ce phénomène illustre les conséquences du réchauffement climatique, qui réduit l'habitat naturel des animaux, accroît la concurrence pour la nourriture et les rapproche des zones habitées.

"Ce sont des animaux ingénieux et capables de s'adapter, mais le nombre d'ours polaires que nous avons aujourd'hui dans l'Arctique ne peut absolument pas être maintenu sur Terre", avertit Eric Regehr, car ils sont alors trop concentrés sur un espace restreint et aux ressources limitées en nourriture.

Un conflit inévitable entre les ours et les humains

Selon le scientifique, la vision de 200 ours polaires agglutinés autour d'une carcasse de baleine est le signe de ce que nous réserve le futur: plus d'ours passant moins de temps dans la mer. Avec moins de proies marines à la clef. De cette situation résulte un conflit inévitable entre les ours polaires et les humains de la région. Depuis mi-octobre, les ours polaires se rapprochent dangereusement du village de Ryrkaïpi, sur la terre ferme à 200 kilomètres de l'île Wrangel, à proximité d'un site où les morses aiment s'échouer.

Certaines carcasses de morses ont flotté jusqu'au village et attiré des ours, dont l'un "a cassé la fenêtre d'une maison", raconte Viktor Nikiforov, expert et coordinateur du centre russe des mammifères marins. Le village de quelque 600 âmes a dû se mettre en alerte, interdisant aux enfants d'aller à l'école à pied et annulant certains événements publics. Les habitants et les scientifiques ont ensuite utilisé des bulldozers pour éloigner les carcasses de morses du village. "La concentration d'êtres humains et d'animaux dans la même zone augmente et il y a des conflits", résume-t-il.

Me.R.