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"Manque d'ambition" et "déception": quel bilan pour la COP27?

Session de clôture de la COP27 le 20 novembre 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte

Session de clôture de la COP27 le 20 novembre 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte - JOSEPH EID / AFP

Malgré la création d'un fonds à destination des pays pauvres touchés par le changement climatique, cette COP27 n'a pas produit de nouveaux engagements pour sortir des énergies fossiles.

La COP27 s'est terminée dimanche avec un texte qui a déçu plusieurs participants, notamment l'Union européenne. Un engagement sur l'aide aux pays pauvres affectés par le changement climatique a été décidé, mais les différentes parties n'ont pas réussi à fixer de nouvelles ambitions pour limiter l'utilisation des énergies fossiles.

La déclaration finale appelle tout de même à une réduction "rapide" des émissions de gaz à effet de serre, mais sans objectif nouveau par rapport à la COP de Glasgow en 2021.

"Cela n'a pas été facile" mais "nous avons finalement rempli notre mission", a déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukri.

"Déception" et "manque d'ambition"

"Nous ne pouvons pas sortir de cette COP sans souligner le manque d’ambition d’un certain nombre de pays qui n’ont pas permis d’aller un cran plus loin par rapport" à la COP26, a déclaré au Parisien la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher.

"Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant, et c'est une question à laquelle cette COP n'a pas répondu", a également regretté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, écrivant sur Twitter que "le monde a encore besoin d'un pas de géant vers l'ambition climatique."

Le Premier ministre britannique Rishi Sunak a appelé de son côté à en "faire plus".  Dans un discours cinglant, le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans s'est dit "déçu" du peu d'ambition du sommet à réaffirmer la limite de réchauffement de 1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle.

"L'influence de l'industrie des énergies fossiles était partout", a accusé Laurence Tubiana, architecte de l'Accord de Paris de 2015. Plusieurs autres participants ont également pointé du doigt l'organisation égyptienne, qui aurait mis en avant ses intérêts et protégé les États et industries pétroliers et gaziers.

Des ONG ont ainsi révélé que la COP27 avait accueilli 25% de lobbyistes du secteur pétrolier et gazier de plus que la COP26 à Glasgow, soit plus que tous les délégués réunis des îles du Pacifique, en première ligne face au dérèglement climatique.

Pas de nouvelles ambitions sur les énergies fossiles

Le texte sur les réductions d'émissions a en effet été très disputé lors des discussions, de nombreux pays dénonçant un recul sur les ambitions définies lors de précédentes conférences. Et ce notamment sur l'objectif le plus ambitieux de l'accord de Paris: contenir le réchauffement à 1,5°C, toutefois réaffirmé dans la décision finale.

"Malheureusement on reprend grosso modo l'accord de l'an dernier de la COP26, il n'y a pas de progrès de ce côté-là", a déclaré sur BFMTV François Gemenne, co-auteur du dernier rapport du Giec.

Le Britannique Alok Sharma, président de la COP26, a affirmé qu'un point sur les énergies fossiles avait été "édulcoré au dernier moment". La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock s'est, de son côté, dite déçue que la réduction des émissions et la phase de sortie des énergies fossiles aient été "éludées par certains gros émetteurs et producteurs de pétrole".

Le document final ne mentionne en effet aucune sortie des hydrocarbures, grands responsables des émissions de gaz à effet de serre et donc du réchauffement climatique.

Or les engagements actuels des pays signataires ne permettent pas de tenir l'objectif de +1,5°C par rapport à l'ère pré-industrielle. Ces engagements, s'ils sont intégralement tenus, mettraient au mieux le monde sur la trajectoire de +2,4°C en 2100 et, au rythme actuel des émissions, sur celle d'un catastrophique +2,8°C. Or, à près de +1,2°C actuellement, les impacts dramatiques se multiplient déjà: 2022 a connu son cortège de sécheresses, méga-feux et inondations dévastatrices, impactant récoltes et infrastructures.

Le développement des énergies renouvelables fait cependant l'objet d'une mention inédite dans l'accord final aux côtés des énergies à "basses émissions", expression généralement appliquée au nucléaire.

Un texte sur les "pertes et dommages" climatiques

Cette édition a toutefois été marquée par l'adoption d'une résolution qualifiée d'historique sur la compensation des dégâts du changement climatique subis par les pays les plus pauvres. Ces "pertes et dommages" climatiques ont failli faire dérailler la conférence, avant qu'un compromis de dernière minute soit trouvé. Même si le texte laisse de nombreuses questions en suspens, il acte le principe de la création d'un fonds spécifique.

"Les pertes et dommages dans les pays vulnérables ne peuvent désormais plus être ignorés même si certains pays développés avaient décidé d'ignorer nos souffrances", a salué la jeune militante ougandaise Vanessa Nakate.

Le ministère sud-africain de l'Environnement a lui salué un "progrès" mais réclamé "une action urgente" pour "assurer le respect des obligations des pays développés". Le président français Emmanuel Macron a proposé un sommet à Paris avant la COP28 prévue fin 2023 à Dubaï, pour "un nouveau pacte financier" avec les pays vulnérables.

"Ne boudons pas notre plaisir, il y a un accord sur la question des pertes et dommages", souligne François Gemenne, "cela veut dire que les pays industrialisés reconnaissent leur responsabilité dans le changement climatique et s'engagent à financer les dégâts causés par le réchauffement climatique, c'est une avancée politique majeure pour les pays du Sud."

"L'accord pour un fonds de financement des pertes et dommages marque une nouvelle aube pour la justice climatique", se réjouit l'ONG Greenpeace dans un communiqué. "Les gouvernements ont posé la première pierre d'un nouveau fonds attendu depuis longtemps".

"Un accord un peu schyzophrénique"

Le gouvernement chinois a salué lundi l'accord noué lors de la COP27 en Egypte, mais souligné dans le même temps qu'il reste "encore un long chemin" à parcourir en matière de coopération à l'échelle mondiale contre le réchauffement climatique.

Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche au Laboratoire d'Océanographie de Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes), veut voir le positif dans cette COP, et rappelle sur notre antenne que "nous sommes sur une trajectoire qui est aux alentours de 2,8°C. Donc on est passé de 4°C à 2,8°C, c'est un progrès très important" même s'il reste "très en-deçà de ce qu'il faudrait faire."

L'accord de la COP27 est "un peu schizophrénique parce que d'un côté on s'engage à payer pour les dégâts, de l'autre on refuse d'en faire davantage pour essayer de limiter ces dégâts", déclare de son côté François Gemenne.

Reste à voir dans les faits ce qui se déroulera d'ici la prochaine COP.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon avec AFP Journaliste BFMTV