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Un fantôme hante-t-il toujours les souterrains de l'opéra Garnier?

Pour percer le mystère du pensionnaire le plus célèbre de l'opéra Garnier, il faut remonter le temps jusqu'à l'inauguration de la salle de spectacle, en janvier 1875

Pour percer le mystère du pensionnaire le plus célèbre de l'opéra Garnier, il faut remonter le temps jusqu'à l'inauguration de la salle de spectacle, en janvier 1875 - JACQUES DEMARTHON / AFP

Tout l'été, BFM Paris vous fait redécouvrir les mythes et légendes urbaines autour de la capitale. Cette semaine, faisons plus ample connaissance avec le fantôme de l'Opéra, esprit vengeur et "ange de la musique" immortalisé par l'écrivain Gaston Leroux.

C'est une silhouette sombre et masquée qui hante depuis plus d'un siècle les galeries, loges et balcons de l'opéra Garnier. Son nom à la ville, Erik ou Ernest. Mais on le connait davantage sous l'appellation de "Fantôme de l'Opéra", du titre du roman de Gaston Leroux publié en 1910.

Depuis la fin du XIXe siècle, cette fable a nourri l'imaginaire des auteurs de littérature et cinéma d'horreur. Mais de légende est-il vraiment question ici?

Une série de morts inexpliquées à l'opéra

Pour percer le mystère du pensionnaire le plus célèbre de l'opéra Garnier, il faut remonter le temps jusqu'à l'inauguration de la salle de spectacle, en janvier 1875.

Très vite après son ouverture, l'opéra de Paris est le théâtre d'une série de phénomènes étranges et inexpliqués. Un machiniste est retrouvé pendu; un petit rat tombe d'une galerie et s'écrase sur la treizième marche du grand escalier. Puis, en 1896, lors d'une représentation de Faust, l'un des énormes lustres de cristal se décroche et heurte une spectatrice, qui meurt sur le coup. La rumeur de l'époque veut qu'elle ait occupé la place numéro 13...

La une du Progrès illustré le 31 mai 1896.
La une du Progrès illustré le 31 mai 1896. © -

Comment expliquer une telle série noire? Émerge alors des archives l'histoire d'Ernest. Ce jeune pianiste prodige est tout à la composition de son chef d'œuvre, une pièce à l'orgue promise à un avenir radieux, quand le 28 octobre 1873, un terrible incendie ravage l'opéra Le Peletier - l'ancêtre de l'opéra Garnier. Sa fiancée, une jeune ballerine, perd la vie et Ernest, terriblement brûlé au visage, est défiguré. 

Honteux et éperdu de douleur, le musicien se serait alors réfugié dans les dédales du nouvel opéra, alors en pleine construction, pour achever son hymne à l'amour perdu, se nourrissant uniquement des poissons du lac situé sous l'édifice. De nombreux témoignages évoquent son chant plaintif et funeste émanant des coulisses de l'opéra. 

Des années plus tard, un cadavre anonyme sera retrouvé dans le sous-sol du bâtiment. Les sceptiques y verront celui d'une victime de la Commune de Paris mais beaucoup penseront au célèbre fantôme...

"L'homme à la tête de mort"

Difficile de savoir si Ernest a réellement existé. Une chose est sûre: sa destinée tragique a inspiré le père de Rouletabille, Gaston Leroux. Son Fantôme de l'Opéra s'ouvre sur cette affirmation catégorique:

"Le fantôme de l'Opéra a existé. Ce ne fut point, comme on l'a cru longtemps une inspiration d'artistes, une superstition de directeurs, la création falote des cervelles excités de ces demoiselles du corps de ballet."

Sous la plume de Leroux, Ernest devient Erik, un jeune homme assoiffé de vengeance qui tombe amoureux d'une jeune cantatrice. Le fantôme prend des allures de héros romantique. "L'homme à la tête de mort, au chapeau à plumes et au vêtement écarlate traînait derrière lui un immense manteau de velours rouge dont la flamme s'allongeait royalement sur le parquet", décrit le romancier. 

Le roman fera l'objet de multiples adaptations, à l'écran et sur les planches. Mais de toutes, c'est l'acteur américain Lon Chaney qui donnera au fantôme son interprétation la plus célèbre.

Depuis le tournant du siècle, le calme semble être revenu dans les galeries de l'opéra Garnier, dont le lac n'est plus visité que par les pompiers de Paris. Mais l'ombre du fantôme plane toujours sous les dorures pour qui veut bien la voir.

Au-dessus de la loge numéro 5, un écriteau signale encore la "Loge du fantôme de l'opéra". Aux dires d'une employée, malgré la situation idéale de la loge, aucun spectateur ne s'y aventure jamais. 

Enfin, en octobre 2016, juste avant la première représentation de la comédie musicale Le Fantôme de l'opéra, un incendie s'est déclaré dans les sous-sols du théâtre Mogador. De là à penser que le fantôme est derrière tout ça...

Au-dessus de la loge numéro 5, un écriteau signale encore la "Loge du fantôme de l'opéra".
Au-dessus de la loge numéro 5, un écriteau signale encore la "Loge du fantôme de l'opéra". © -
Claire Rodineau