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Les bouquinistes de Paris mis à l'épreuve par "la babiole touristique"

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- - THOMAS COEX / AFP

Profession emblématique des bords de Seine, les bouquinistes traditionnels sont aujourd'hui confrontés à des vendeurs qui ont cédé à l'appel des touristes, davantage friands de porte-clés que de livres rares et d'occasion.

Héritiers des colporteurs de livres du XVIe siècle, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO, les bouquinistes de Paris veulent continuer à promouvoir "la culture française" sans céder au commerce de la babiole touristique.

A Paris, "il y a la tour Eiffel, Montmartre et nos boîtes vertes", s'exclame Jérôme Callais, 53 ans, bouquiniste sur le quai de Conti (VIe) depuis 25 ans et président de l'Association culturelle des bouquinistes depuis 2012. "Le métier de bouquiniste, c'est conseiller et transmettre une culture", dit cet "ambassadeur de la culture française" qui propose exclusivement des classiques de la littérature, des livres d'histoire et de sciences humaines.

Les bouquinistes de Paris, ce sont 240 caissons vert foncé qui s'étalent sur trois kilomètres le long du fleuve, du Pont-Marie au Quai du Louvre rive droite, du quai de la Tournelle au quai Voltaire rive gauche. Ils "font partie du paysage parisien, participent du charme des bords de Seine et constituent une animation, une attraction culturelle, un patrimoine littéraire et historique unique que la Ville souhaite préserver et mettre en valeur", indique la mairie de Paris.

Ils sont "les seuls commerçants parisiens à ne pas payer de loyer ou de redevance à la Ville", poursuit la mairie qui leur délivre une autorisation de stationnement pour un an renouvelable, ni cessible, ni transmissible, à charge pour eux d'entretenir les boîtes dont ils sont propriétaires, notamment en termes de sécurité.

Les porte-clefs tour Eiffel

Aujourd'hui, la profession est à l'épreuve. Beaucoup ont cédé à l'appel des touristes, davantage friands de porte-clefs que de livres rares et d'occasion. "Une perversion du métier", regrette Jérôme Callais. Pourtant, la réglementation est claire. Sur les quatre "boîtes" de deux mètres de long chacune que le bouquiniste détient, une seule peut contenir autre chose que des livres, comme des "monnaies, médailles, timbres-poste, objets de petite brocante, cartes postales et souvenirs de Paris", selon la Ville.

Aux abords du Musée du Louvre, les livres sont bien cachés derrière les babioles made in China. "On ne peut plus compter sur les livres", explique un "ouvre-boîte" de 29 ans (un salarié déclaré d'un bouquiniste) qui tient la boutique et pointe le registre des ventes du jour: en tête, des tasses et des porte-clefs tour Eiffel. Lui-même avoue ne pas lire et donc ne pas pouvoir conseiller les personnes intéressées par les bandes dessinées et les livres de la Pléïade proposés dans ses boîtes.

Une "dimension charnelle"

"Je préfère acheter des souvenirs ici que dans des magasins. Les bouquinistes, c'est Paris!", explique un couple américain venu de Saint-Louis, dans le Missouri, sur le quai du Louvre.

Au contraire, Pierre, bibliothécaire et chineur de 61 ans, inspecte chaque jour les boîtes en marchant sur les quais de Seine, de retour du travail: "J'ai trouvé dernièrement les catalogues d'exposition de la BNF sur des cartes marines", se réjouit-il en vantant la "dimension charnelle" de la balade: "On rencontre et on discute avec les bouquinistes", loin de la vente sur Internet "qui aseptise les rapports humains".

Le métier séduit toujours, malgré l'arrivée d'Internet, les intempéries ou la pollution. 101 nouveaux bouquinistes ont été nommés depuis 2010 pour une profession qui se rajeunit et se féminise, selon la Ville.

J.L. AVEC AFP