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Le business de la vente de tours Eiffel à la sauvette 

Chaque jour, des vendeurs à la sauvette font concurrence aux commerçants traditionnels.

Chaque jour, des vendeurs à la sauvette font concurrence aux commerçants traditionnels. - BFM Paris

Chaque année, des millions de petites tour Eiffel sont achetée par les touristes à des vendeurs à la sauvette. Une vente très opaque alimentée par un réseau illégal qui contribue à alimenter le marché parallèle de la capitale.

En porte-clé ou en miniature, les touristes sont nombreux à acheter leur reproduction de la Tour Eiffel à quelques pas du monument. Place du Trocadéro ou sur le Champ de Mars, ils sont de dizaines de vendeurs à la sauvette à proposer chaque jour ces cadeaux un peu cliché mais très prisés. Une offre et une demande qui ne désempli pas avec pour principal argument: le prix. "C'est parce que c'est moins cher, cinq porte-clés pour 1 euro, c'est le prix parfait", sourit une touriste qui vient de régler son achat. 

Mais cette vente à même le trottoir est illégale et se fait au détriment des commerces, délaissés par les touristes. Dans sa boutique, il assiste avec découragement au ballet incessant des vendeurs. 

"Jusqu'à 15 heures, il y a eu un car de police, j'ai travaillé. Mais là, ils sont revenus et je ne fais plus un centime", déplore le commerçant. 

"On travaille avec la police qui nous chasse"

A l'approche de la police, les vendeurs prennent la fuite. Après de nombreux refus, l'un d'entre eux accepte de répondre à nos questions. Pour lui, ce travail est une nécessité pour vivre.

"Il n'y a pas d'autre boulot, pas d'autre moyen. S'il y avait d'autres moyens, on ferait autre chose. On travaille avec la police qui nous chasse tout le temps, il n'y a pas de répit quoi", explique-t-il.

Le travail de ces vendeurs alimente néanmoins un marché souterrain sur lequel ils restent très discrets, refusant d'indiquer où ils se fournissent. Pour la mairie, le problème des vendeurs n'est pas nouveau et reste une priorité mais la présence de ces marchands n'est que la partie immergée de l'iceberg.

"Je ne suis pas dans le secret des enquêtes mais je pense que c'est un réseau derrière. Il y a tout un enjeu économique qui est bien plus que le prix de la petite tour Eiffel. Je pense qu'en réalité, il faut s'attaquer au problème à la source et à la source c'est le réseau qui gère tous ces vendeurs à la sauvette", souligne Jérémy Redler, adjoint au commerce et au tourisme à la mairie du 16e.

"Des populations qui souffrent"

Hervé Pierre, commissaire divisionnaire honoraire et auteur de Petits trafics et grandes dérives explique que ces trafics sont répandus dans tout Paris et concernent aussi bien vente de stupéfiants, de cigarettes de contrebande que les tours Eiffel et contrefaçons en tout genre. En France, il a chiffré à 20 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel "cette économie criminelle".

"Vous avez face à cela des populations qui souffrent. C'est un système qui produit de multiples victimes, tant les riverains qui ont à subir ces commerces près de chez eux que les gens qui sont exploités, ils n'ont aucune protection", explique-t-il.

Pour lui, la fin de ces marchés parallèles passe par une présence policière plus importante: "il est temps de penser à mettre en place une police de terrain qui travaille en collaboration avec les populations pour éradiquer ce fléau".

C. B avec William Helle