BFMTV

La BD de la semaine: Runberg & Boiscommun commentent Le Règne

Détail de la couverture du Règne

Détail de la couverture du Règne - Runberg - Boiscommun - Le Lombard 2017

LA BD DE LA SEMAINE - Le duo dévoile une nouvelle série d’anticipation, située entre La Planète des Singes et Mad Max: Fury Road.

Ils se connaissent depuis vingt ans, mais collaborent pour la première fois. Sylvain Runberg (scénario) et Olivier Boiscommun (dessin) allient leurs plumes pour conter un récit d’anticipation situé quelque part entre La Planète des Singes et Mad Max: Fury Road. Dans Le Règne, disponible en librairie depuis le 6 janvier, les deux compères dévoilent un monde post-apocalyptique où les animaux ont remplacé les hommes.

Ensemble, ils narrent les tribulations de trois mercenaires dans une France dévastée, alors qu’un immense cataclysme se prépare... Dans ce premier tome, intitulé La Saison des démons, Runberg et Boiscommun inaugurent un univers atypique et visuellement superbe, qu’ils espèrent bien continuer d’explorer au-delà de la sortie, en octobre, du tome 2. BFMTV.com a rencontré dans un café situé non loin de la gare du Nord ce bouillonnant duo.

-
- © Runberg - Boiscommun - Le Lombard 2017

Dérèglement climatique

Runberg: "Je voulais écrire une fiction d'anticipation sur le thème du dérèglement climatique. Quand on pense au dérèglement climatique, on pense évidemment aux conséquences sur les êtres humains. C’est normal, mais il y a aussi des conséquences sur tous les êtres vivants. J’ai donc imaginé un futur où des espèces animales avaient évolué et étaient dotées de parole, et où de nouvelles cultures étaient apparues. En revanche, l’humain a disparu. Sa seule trace, a priori, est cet héritage: ce dérèglement climatique, la saison des démons, que les animaux doivent affronter."
Boiscommun: "Dessiner des personnages anthropomorphiques est un exercice très nouveau pour moi. C’est Sylvain qui m’a proposé cette idée. Cela m’a beaucoup surpris. Le projet me plaisait bien, le défi aussi, mais je ne savais pas si j’étais capable de le relever. Je me suis senti obligé de faire quelques essais avec les personnages principaux avant de lui dire OK. J’ai beaucoup travaillé les expressions des personnages pour les rendre vivants. Les dessins animés animaliers m’ont beaucoup aidé à y parvenir."
-
- © Runberg - Boiscommun - Le Lombard 2017

La tour Eiffel

Runberg: “Un des films d’anticipation qui m’a marqué étant petit est La Planète des singes [réalisé par Franklin J. Schaffner, avec Charlton Heston, 1968, ndlr]. Cette case est un hommage évident à la dernière scène du film, où on découvre la statue de la Liberté sur la plage. C’est aussi la case où on révèle aux lecteurs - même s’il y a des indices avant - que l’on se trouve bien dans le futur, en France, à Paris."
Boiscommun: "Sylvain indiquait régulièrement dans le scénario des éléments qui devaient apparaître dans le décor: la tour Eiffel, une station service, une gare, une ruine de TGV… Je me suis amusé à en ajouter beaucoup aussi. Mais de manière assez discrète, pour que le passé des humains soit systématiquement intégré à la végétation et à ce nouveau monde. Ce monde est ce qu’il est à cause du passage des humains. Pour cet album, j’ai utilisé exclusivement de l’aquarelle. C’est une technique qui me convient bien et que j’utilise depuis quelques albums. Je travaille sur des très grands formats, ce qui est assez confortable et me permet d’avoir une gestuelle assez énergique et d’aller dans le détail. Il y a une multitude de couches d’aquarelle, qui apportent de la matière. Je commence avec un fond, qui est un mélange de bleu (le ciel) et d’orange (la végétation). Plus je m’approche des premiers plans, plus les couleurs sont denses et saturées. C’est un travail très long, puis je termine avec l’encrage pour rehausser certains contours."
-
- © Runberg - Boiscommun - Le Lombard 2017

La pluie

Runberg: "On est dans un univers où les éléments climatiques sont changeants et représentent un danger permanent. Avec l’approche des tornades et de ce que nos personnages appellent les 'démons humains', il y a une violence qui s’accentue dans les éléments naturels. Au fur et à mesure de l’avancée de l’album, ceux-ci sont de plus en plus visibles: on arrive donc à cette scène de pluie qui annonce les ouragans à venir."
Boiscommun: "Niveau graphique, Sylvain m’a réservé beaucoup de défis sur cet album. Il y en aura d’autres sur le tome 2. Le gros défi de cette scène était de donner le sentiment au lecteur que de l’eau lui coule dans le dos. C’est une pluie torrentielle, il y a comme un brouillard. La profondeur est écrasée. La vision est brouillée. Je me suis amusé à tenter de retranscrire cela. Pour cette scène de pluie, j’ai utilisé le drawing-gum. C’est une patte qui s’applique au pinceau et qui permet de garder des réserves de blanc. Pour ces multiples traits qui représentent la pluie, il aurait été impossible, manuellement, sans subterfuge, d’en obtenir d’aussi précis et d’aussi fins. Sur ma page, je place la pluie puis j’enlève le drawing-gum. Des rainures blanches qui traversent la page apparaissent. Je m’amuse alors à en estomper certaines, pour obtenir de la profondeur, ou à en garder certaines bien blanches."

Le Règne, tome 1: La Saison des démons, Sylvain Runberg & Olivier Boiscommun, Le Lombard, 56 pages, 14, 45 euros.

Jérôme Lachasse