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Cherbourg célèbre Windsor McCay, auteur de Little Nemo et père de la BD américaine

Extrait de Little Nemo de Winsor McCay

Extrait de Little Nemo de Winsor McCay - © Winsor McCay / Biennale du 9e art de Cherbourg-en-Cotentin

A Cherbourg, une exposition consacrée à l'Américain Windsor McCay, créateur de Little Nemo, réunit une sélection de planches rarissimes. Un événement unique, qui arrive pile à temps pour les vacances.

C'est un événement rare, unique: la biennale du 9e art à Cherbourg-en-Cotentin (Manche) présente jusqu'au 1er octobre une exposition consacrée à Winsor McCay (1869-1934), dessinateur américain du début du XXe siècle et pionnier du cinéma d'animation.

83 ans après sa disparition, l'œuvre de Winsor McCay reste actuelle. Son personnage le plus célèbre, Little Nemo, est régulièrement cité comme une source d'inspiration par les dessinateurs, dont Zep et le duo François Schuiten et Benoît Peeters, commissaires de l'exposition.

"J’admire Windsor McCay depuis très longtemps", a déclaré le dessinateur François Schuiten lors d'une conférence de presse en mars dernier. "C’est un artiste très moderne. On ne peut pas s’empêcher, aujourd’hui, de faire référence à son œuvre."

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- © © Winsor McCay / Biennale du 9e art Cherbourg-en-Cotentin

Un univers onirique

Publié chaque semaine entre octobre 1905 et juillet 1914, Little Nemo in Slumberland, sa création la plus célèbre, raconte sur une page les aventures d'une jeune garçon au pays des rêves. Dans des pages gigantesques et en couleur, Winsor McCay peint un univers onirique surprenant tout en s'amusant des conventions de la bande dessinée.

"C’est un artiste de rêve dans le sens où le rêve a été sa matière première pendant l’essentiel de sa carrière", explique de son côté Benoît Peeters, lors de la même conférence de presse. "Il a réussi à faire coïncider la forme de la bande dessinée avec celle du rêve. Il a réussi, non pas à interpréter la forme du rêve comme le faisait Freud au même moment, mais à s’en servir comme d’une machine à dessiner. Il est l’inventeur de la forme moderne de la page de bande dessinée."

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- © © Winsor McCay / Biennale du 9e art Cherbourg-en-Cotentin

Les planches de Winsor McCay, des trésors

Réunir des planches originales de Winsor McCay a représenté un grand défi pour Benoît Peeters, François Schuiten et le galeriste Bernard Mahé. La rareté des planches de McCay s'explique par la manière dont les originaux étaient considérés au début du XXe siècle. "Les originaux de McCay sont des trésors, puisque énormément ont disparu", confirme Benoît Peeters.

"Son fils Robert, qui avait servi de modèle à Little Nemo, a découpé les originaux de son père pour essayer de faire de nouvelles planches … Ce qui n’était pas une excellente idée." 

A travers cette exposition, l'enjeu est de "montrer la beauté du trait, l’ampleur du format et la diversité des techniques graphiques" des planches de Windsor McCay. Mais aussi de raconter ses influences, les artistes qui travaillaient à son époque... En un mot: la création de la BD américaine... et du cinéma d'animation, puisque McCay a réalisé seul plusieurs dessins animés, dont Gertie le dinosaure (1914). 

Selon Benoît Peeters, Winsor McCay est l'exemple d'une "vie entièrement dévolue au dessin": "il était toujours installé à sa table, toujours occupé à dessiner. Un jour, il est descendu voir sa femme dans le salon. Il lui a montré sa main: elle venait de se paralyser. Il est mort le soir même." Rendre hommage à Winsor McCay, affirme Benoît Peeters, c'est aussi "montrer que, très tôt, la bande dessinée a été portée par une ambition, qu’elle a pu être en prise avec son temps et avec les autres médias."

Jérôme Lachasse