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Les insectes invasifs coûtent 69 milliards d'euros l'an à l'économie mondiale

Le termite de Formose (Coptotermes formosanus) apparaît comme l'un des insectes invasifs les plus destructeurs.

Le termite de Formose (Coptotermes formosanus) apparaît comme l'un des insectes invasifs les plus destructeurs. - Travis flickr - CC

Le réchauffement climatique et l'intensification des échanges commerciaux rebattent les cartes de la dispersion des populations de termites, teignes et moustiques. Et ce n'est pas une bonne nouvelle.

Les insectes envahissants, en pleine expansion sous l'effet des échanges mondiaux et du réchauffement planétaire, font chaque année au moins 69 milliards d'euros de dégâts dans le monde. Et encore, il s'agit d'un chiffre largement sous-estimé, selon une étude parue mardi. Dommages aux biens et services, coûts en matière de santé, pertes agricoles... les impacts des insectes envahissants (proliférant hors de leur milieu naturel) sont nombreux. Et le résultat chiffré de cette évaluation est a minima, soulignent les auteurs de cette synthèse inédite publiée dans Nature Communications.

Teignes des choux et termites prolifèrent

Sur 69 milliards d'euros de dommages, soit 76,9 milliards de dollars, le termite de Formose (Coptotermes formosanus) apparaît comme l'un des plus destructeurs, relève cette équipe pluridisciplinaire impliquant notamment le CNRS, l'Université Paris-Sud et l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Une fois établi, ce termite n'a d'ailleurs jamais pu être éradiqué, et son potentiel établissement en Europe est à craindre avec le changement climatique.

Egalement en haut du classement, la teigne des choux (Plutella xylostella) coûte 4,1 milliards d'euros par an, et le longicorne brun de l'épinette (Tetropium fuscum) 4 milliards d'euros, rien qu'au Canada.

Sur la santé, le coût attribuable aux insectes envahissants dépasse 6,1 milliards d'euros annuels, sans compter le paludisme, dont l'essentiel est lié à un moustique présent naturellement, ni le virus Zika. La dengue est la maladie la plus coûteuse: elle représente 84% des dépenses, rien que pour les zones où ces moustiques sont envahissants. Le virus du Nil occidental, lui, en représente 15%.

Cette somme de 69 milliards d'euros a été calculée grâce à 700 articles et rapports, mais de ce fait elle tient peu compte d'espèces et de régions sous-étudiées.

Jusqu'à 270 milliards de dollars de perturbations indirectes

Le calcul n'intègre pas non plus le coût des perturbations générées aux "services" de la nature, comme la pollinisation des cultures. Ainsi "l'extrapolation minimale que l'on peut faire (du coût de ces insectes) serait plutôt de 270 milliards de dollars", indique l'écologue Franck Courchamp, auteur principal et directeur de recherche au CNRS.

Or la situation devrait encore se dégrader avec le réchauffement planétaire: les aires favorables à leur expansion devraient croître de 18% d'ici à 2050, si rien n'était fait pour freiner le dérèglement climatique.

Depuis des milliers d'années, les insectes ont propagé des maladies et généré des dommages aux écosystèmes: ils forment "probablement le groupe le plus 'coûteux'" du règne vivant, rappellent les auteurs. Aujourd'hui environ 10% des insectes introduits dans une nouvelle région s'y implantent, et 10% d'entre eux finissent par y proliférer.

David Namias avec AFP