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Les croquettes végétaliennes pour chiens et chats, une bonne idée?

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Alors que le véganisme n'a jamais été autant dans la tendance, certains et certaines décident de convertir leur animal de compagnie à une alimentation végétalienne. Que contiennent ces croquettes sans viande?

De la pâtée pour chat fabriquée à partir de protéines de blé, des croquettes pour chiens à base de maïs et des friandises pour Médor au tofu. Il existe tout un éventail d'aliments végétaliens pour animaux de compagnie, c'est-à-dire sans viande, poisson, œuf, produit laitier ou tout autre ingrédient d'origine animale. Mais est-ce vraiment adapté à ces carnivores?

Ne pas participer à l'exploitation animale

Ceux et celles qui font ce choix pour leur animal "ne le font pas pour que leur chat/chien mange 'comme eux' mais pour ne pas soutenir financièrement une industrie à laquelle ils sont opposés", assure à BFMTV.com une porte-parole du site Veganimalis, spécialiste de l'alimentation végane pour animaux.

"Nous ne prétendons pas que cette façon d'alimenter les animaux les fera vivre plus longtemps ou en meilleure santé, simplement de façon équivalente à ceux nourris de façon carnée, si cela est fait correctement. Le seul but ici est de ne pas participer à l'exploitation animale (autant que possible), que l'on soutient en achetant des produits composés de certains animaux dits 'd'élevage', pour nourrir ceux que nous avons choisi de privilégier, dits 'de compagnie'."

L'association de défense des animaux L214 assure quant à elle qu'il est "possible de nourrir chiens et chats avec une alimentation végane adaptée". Et selon elle, "la composition nutritionnelle des croquettes végétaliennes est globalement similaire à celle des croquettes contenant des produits animaux".

Abats, plumes, viscères et sang

Cette association qui œuvre pour une pleine reconnaissance de la sensibilité des animaux considère même qu'elles sont "plus saines que les croquettes bas de gamme faites de déchets d'abattoir et de restes d'équarrissage". Comme les abats, les plumes, les viscères ou le sang, sous-produits animaux valorisés en alimentation animale, en atteste le guide de classification des sous-produits animaux et leur devenir établi par le ministère de l'Agriculture et de l'alimentation.

Ce que dément Sébastien Lefebvre, maître de conférences en nutrition animale à VetAgro-sup, le campus vétérinaire de Lyon. "Aucune étude scientifique sérieuse n'a montré que ces croquettes étaient aussi bonnes que les aliments avec viande", pointe-t-il pour BFMTV.com. Ce serait même plutôt l'inverse. Il cite une étude américaine menée sur 13 aliments végétariens secs et 11 humides qui a mis en lumière des problèmes sur les taux d'acides aminés, des molécules composantes des protéines.

"Je le vois en consultation. Tous les mois, des chiens et des chats nourris depuis un an et demi à deux ans avec des aliments végétariens ou végétaliens nous arrivent avec des problèmes de santé et des carences. C'est le problème avec l'alimentation, on ne se rend pas compte tout de suite qu'il y a un problème. Le corps puise dans ses réserves et résiste jusqu'au jour où il craque."

Vitamine A et taurine 

Pour Anissa Putois, chargée de communication pour l'association de défense des droits des animaux Peta France, certaines précautions restent à prendre. "Il ne s'agit pas de nourrir son animal uniquement avec des légumes", déclare-t-elle à BFMTV.com. 

"La transition doit se faire en douceur avec les conseils d'un vétérinaire, tout en gardant un œil sur son animal pour veiller à ce qu'il mange toujours autant, ne perde pas de poids et qu'il n'y ait pas de changement dans son comportement."

Elle recommande d'opter pour des produits qui ajoutent notamment taurine et vitamine A dans leur composition. Mais pour Claude Paolino, vétérinaire et nutritionniste à Six-Fours-les-Plages, dans le Var, ces adjonctions de minéraux et vitamines ne font pas forcément sens.

"Si l'on doit ajouter de la taurine, de la vitamine A, D ou encore B12 et tout un tas d'autres choses de synthèse, cela fait-il sens de proposer des aliments totalement fabriqués par la chimie?" s'interroge-t-il pour BFMTV.com.

Gluten de maïs, protéines de pois

Dans le détail, parmi les ingrédients d'un de ces paquets de croquettes: maïs, gluten de maïs, huile de maïs, riz, protéines de pois, fibres de pois, levure de bière, graines de lin ou encore protéines de pommes de terre. Pour Sébastien Lefebvre, maître de conférences en nutrition animale à VetAgro-sup, ces ingrédients posent question.

"Les pois, les lentilles, ces légumineuses sont des ingrédients que l'on n'utilisait pas avant, remarque-t-il pour BFMTV.com. Or, en ce qui concerne le maïs et le pois, ce ne sont pas les meilleures protéines pour les animaux. Et surtout on ne connaît pas les interactions qu'elles peuvent provoquer. Sont-elles digestibles et aussi efficaces que les protéines animales? Quels sont leurs effets à long terme? Pourraient-elles modifier le métabolisme en profondeur? Nous ne le savons pas."

Ce vétérinaire évoque notamment la récente résurgence d'une maladie cardiaque qui avait quasiment disparu: tous les animaux malades étaient nourris avec des aliments sans céréales. Sébastien Lefebvre dénonce au contraire les fausses informations qui circulent sur les croquettes classiques.

"Aujourd'hui, l'alimentation animale est globalement de bonne qualité et est même parvenue à faire baisser sensiblement certaines maladies en améliorant la qualité de leurs produits." 

L'autre problème, estime ce spécialiste de l'alimentation animale, c'est la traçabilité du produit fini. Selon Sébastien Lefebvre, toutes ces petites entreprises qui produisent des croquettes végétaliennes n'ont pas les moyens des grandes quant à la vérification de la valeur nutritive de l'aliment.

"Au cours de la fabrication de la croquette, qui passe notamment par une étape de chauffage, des réactions chimiques vont se produire. Elles peuvent provoquer une perte plus ou moins importante d'acides aminés, minéraux, additifs ou vitamines. Quand on sait qu'un aminogramme coûte 10.000 euros et quand je vois le prix relativement faible de ces produits, je me pose des questions."

Possible pour un chien "petit et peu actif"

La plupart des vétérinaires interrogés estiment qu'un régime végétalien est possible chez le chien - "petit, non castré et peu actif, cela me paraît compliqué pour un chien qui aurait de gros besoins en protéines", nuance Claude Paolino. Bien qu'il émette quelques bémols.

"On prend pour acquis que le modèle alimentaire de l'humain est valable pour le chien. Or, il a des besoins trois à quatre fois supérieurs en protéines et en calcium."

Mais pour Charlotte Devaux, vétérinaire et nutritionniste, aucun des produits présents sur le marché n'est pleinement satisfaisant. "On passe pour des anti-véganes mais en réalité les formulations ne sont pas suffisamment abouties", déplore-t-elle pour BFMTV.com.

Compliqué pour le chat

Quant au chat, les vétérinaires sont unanimes: c'est quasiment impossible. 

"Le félin a besoin de onze acides aminés essentiels, contre huit pour l'humain, détaille Claude Paolino. Quand on sait que 100g de viande apportent 20g de protéines et 100g de légumineuses ou céréales 8g de protéines, cela impose de coupler les végétaux car les onze acides aminés doivent être apportés en même temps. Sachant que les légumineuses peuvent être jusqu'à trois fois plus caloriques. Ce n'est pas simple."

Pour Charlotte Devaux, cela ne respecte pas les impératifs biologiques de son espèce car le chat est dépendant des tissus animaux pour assurer ses besoins nutritionnels.

""Son régime alimentaire consiste à manger des proies et il n'est pas aussi flexible que le chien, ajoute l'auteure de Croquettes ou pâtée - 50 idées reçues sur la nutrition du chien et du chat. S'il peut manger et tolérer les glucides, lui proposer un régime végane va à l'encontre des besoins de son espèce. C'est comme si on voulait nourrir un lapin avec de la viande, ce n'est pas fait pour."

Car pour le chat, certains nutriments ne peuvent être qu'apportés dans leur alimentation et sous leur forme animale. Comme la vitamine A - que l'humain et le chien peuvent pour leur part synthétiser à partir de bêta-carotène - ou encore certains acides gras essentiels.

"C'est d'ailleurs pour cela que souvent, un chat qui vient de chasser une souris commence par lui manger la tête, remarque Claude Paolino. Car dans le cerveau se trouve le DHA, un acide gras de la famille oméga-3. Un régime végétalien ne se décide pas sur un coin de table." 

Des questions éthiques

Mais pour une vétérinaire généraliste contactée par BFMTV.com qui souhaite garder l'anonymat, le végétalisme pour chiens et chats reste une préoccupation de niche. "Durant toute ma carrière, on ne m'a jamais posé la question." Et selon elle, il faut se méfier d'un certain "prosélytisme" érigeant en vérité scientifique une expérience personnelle. 

"Un exemple particulier ne peut être représentatif de toute une population. Il n'y a pas de conclusion à tirer si un chien nourri avec des croquettes véganes vit plus de quinze ans et qu'un autre nourri avec des croquettes traditionnelles n'en vit que dix." 

Quoi qu'il en soit, pour André Ménache, vétérinaire et directeur scientifique de l'association Antidote Europe qui s'oppose à l'expérimentation animale, la question des régimes alimentaires des quelque 20 millions de chats et de chiens que compte la France serait davantage d'ordre philosophique et éthique.

"Devons-nous obliger nos animaux de compagnie à manger des repas végétaliens alors que cela n'est pas naturel pour eux? s'interroge-t-il pour BFMTV.com. Tout comme ce n'est pas naturel de les garder enfermés dans des appartements, ce régime artificiel qu'on leur impose soulève des questions qui dépassent largement le simple cadre de la nutrition."

La vétérinaire Charlotte Devaux partage cette analyse. "Je comprends tout à fait la philosophie végane mais peut-être faut-il dans ce cas choisir un animal de compagnie qui ne soit pas carnivore."

Céline Hussonnois-Alaya