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"Voisins vigilants", oui. "Collabos", non !

Et selon la police municipale d’un village du Gers, le dispositif des voisins vigilants « fait réfléchir celui qui a envie de cambrioler »…

Et selon la police municipale d’un village du Gers, le dispositif des voisins vigilants « fait réfléchir celui qui a envie de cambrioler »… - -

Convaincu de l’efficacité des « voisins vigilants », le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, veut en faire des « collaborateurs occasionnels ». Reportage dans les Alpes-Maritimes, où ces résidents qui veillent sur leur quartier pendant les vacances, se défendent de toute « délation ».

Des habitants d'un même quartier unis pour lutter contre la délinquance, et en premier lieu contre les cambriolages. Le dispositif des « voisins vigilants », qui existe depuis 2007 dans les Alpes-Maritimes, et désormais dans 29 départements, pourrait être renforcé d’ici peu. C’est en tous cas ce que souhaite Claude Guéant.
Pour motiver les troupes, le ministre de l'Intérieur étudie un nouveau statut juridique pour que ces voisins vigilants deviennent des « collaborateurs occasionnels ». Le statut est évoqué dans la loi Lopssi du 15 mars 2011. Une proposition de loi a été déposée dans ce sens. Mais des travaux sont encore en cours pour adapter la loi aux juridictions.
Mais la plupart des voisins vigilants ne veulent pas devenir des "collabos", ils se considèrent juste comme des riverains citoyens, soucieux de la tranquillité de leur quartier.

20 à 40% de cambriolages en moins ?

D'après la circulaire publiée par le ministère de l'Intérieur le 22 juin dernier, dans certaines communes de la Drôme, on a observé 20 à 40% de cambriolages en moins depuis la mise en place du dispositif. Mais dans la plupart des communes interrogées, peu de faits marquants, de cambriolages déjoués ou de délinquants arrêtés grâce à ces voisins vigilants.

« C’est pas de la délation, ni de la chasse aux gangsters »

André Aschieri est le maire de Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes), l’un des premiers à avoir lancé ce dispositif. D’après lui, le résultat est satisfaisant : « Ici on a des petits cambriolages. Quand les gens partent, ils le signalent et nous on fait attention. On doit signaler des choses qui nous paraissent anormales. Par exemple, des voitures qui tournent sans arrêt dans un coin, des personnes qui sonnent aux portes et qui s’en vont. On fait le relais à la police municipale. C’est arrivé une fois depuis un an. Je me vois mal partir avec un fusil ou un bâton faire la chasse aux gangsters. On ne nous a pas pris pour nos biceps ou nos idées de vouloir tout casser. C’est la preuve que ça ne peut pas être une entreprise de délation. »

« Casser ce tabou de la peur d’être le collabo du coin »

Marc Guillerd, voisin vigilant à Villeneuve-lez-Avignon depuis un an, explique en quoi consiste sa mission. D’après lui, il faut différencier dénonciation et retransmission : « Je crois que j’ai été appelé deux ou trois fois. Au début, on m’a appelé concernant des gosses qui faisaient du bruit ; ce n’est pas notre rôle, on est là pour prévenir éventuellement quelque chose, une voiture qui est passée plusieurs fois dans la nuit par exemple. Une fois, il y a un voisin qui m’appelé et j’ai rendu compte. Il n’y a pas de suite, on est que relayeur, on ne fait pas de la délation. Je pense qu’il faut casser ce tabou de la peur d’être le collabo du coin. On n'a pas de rapport à faire, on ne fait que transmettre les informations que l’on a. »

« Il venait soi-disant relever les compteurs… »

Robert Andrès, qui fait partie des « voisins vigilants » de Mirande, un village du Gers, ne veut pas être comparé à un « collabo » : « Les voisins vigilants avertissent essentiellement sur des vendeurs qui ne sont peut être pas de toute confiance. Dans le même esprit, un voisin vigilant nous avait prévenus qu’une personne s’était présentée à son domicile pour soit disant relever les compteurs et finalement cette personne venait plutôt repérer ce qu’il y avait dans la maison. Cela nous permet d’être un peu plus au courant de ce qu’il se passe sur la ville. A l’heure actuelle, on a environ un voisin vigilant dans chaque quartier de Mirande. »

« Ça fait réfléchir un peu celui qui a envie de cambrioler »

Franck Cester est le chef de la police municipale à Mirande et selon lui, les voisins vigilants l'aident dans sa mission de gardien de la paix : « Globalement sur les trois ans on a une diminution de tous les faits de délinquance. On a mis des panneaux à l’entrée de chaque quartier et les gens savent que dans ce quartier-là il y des résidents qui s’intéressent à ce qui se passe un peu partout. Ça fait réfléchir un peu celui qui a envie de cambrioler. Ça peut le décourager de commettre un cambriolage. On ne peut pas avoir tous nos policiers municipaux en même temps partout. Le problème c’est de bien faire comprendre qu’il ne s’agit pas de surveiller le voisin ou de le dénoncer. Il s’agit seulement de faire en sorte que l’équilibre dans un quartier soit atteint et qu’on ait un peu de tranquillité. »

La Rédaction et Amandine Dubiez