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Vers un quatuor à la tête du journal Le Monde

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PARIS (Reuters) - Le groupe espagnol de médias Prisa pourrait monter au capital du Monde en prenant une participation pouvant aller jusqu'à 20% dans...

PARIS (Reuters) - Le groupe espagnol de médias Prisa pourrait monter au capital du Monde en prenant une participation pouvant aller jusqu'à 20% dans le "Monde Libre", la holding créée par le trio formé par Pierre Bergé, Matthieu Pigasse et Xavier Niel.

Dans son édition datée du 4 novembre, le quotidien revient en détail sur les conditions du bouclage de sa recapitalisation intervenue la veille qui entérine la prise de contrôle du journal par le trio "BNP" et son renflouement à hauteur de 110 millions d'euros.

L'espagnol Prisa, qui détenait jusque-là 15% dans Le Monde SA, a obtenu une option lui permettant de détenir jusqu'à 20% du Monde Libre, indique le quotidien, précisant que ses parts dans LMSA ont été transférées dans la holding Le Monde Libre.

Pour le moment, la participation de Prisa a été diluée à 5,0% au terme de l'opération de recapitalisation mais il pourra la porter à 20% en contrepartie de l'apport de huit millions d'euros, précise Le Monde.

L'éditeur espagnol, dont l'offre commune avec France Télécom et le PDG du groupe Nouvel Observateur Claude Perdriel avait été rejetée en juin, a menacé de faire capoter les discussions jusqu'au dernier moment en demandant notamment un droit de veto sur plusieurs actes de gestion du journal, demandes qui ont été jugées "exorbitantes" par la Société des rédacteurs du Monde (SRM).

"Cependant, Prisa était en position de force puisqu'il pouvait faire échouer la recapitalisation en refusant de résilier le pacte d'actionnaires signé avec le groupe Le Monde en 2005, condition nécessaire pour modifier l'actionnariat du groupe", explique le groupe.

Le journal, qui est lourdement endetté, aurait alors pu être placé en procédure de sauvegarde par le tribunal de commerce.

Une lettre d'intention a finalement été signée entre les différentes parties qui n'accorde pas de droit de veto au groupe espagnol mais lui permet "d'exprimer des droits sur le vote du budget et sur la nomination du président du directoire".

Via le "Le Monde Libre", l'homme d'affaires Pierre Bergé, le banquier Matthieu Pigasse et le fondateur de l'opérateur Free Xavier Niel contrôlent aujourd'hui 64,5% du célèbre quotidien.

CHARTE D'ÉTHIQUE ET DE DÉONTOLOGIE

Ce pourcentage sera ramené à environ 60% après que la participation du "Pôle d'Indépendance" (qui regroupe principalement les sociétés de personnel et société des lecteurs) aura été portée à 33,4%, conformément à l'engagement pris par LML de donner à ce pôle une minorité de blocage.

Lagardère, qui détenait un peu plus de 17% du Monde SA, a cédé ses parts pour 3,8 millions d'euros mais il reste actionnaire du Monde Interactif à hauteur de 34%.

Le Nouvel Observateur et le groupe italien La Stampa comptent également céder leurs participations respectives de 1,75% et de 2,90%.

Sur les 110 millions d'euros apportés par le trio de repreneurs, 35 millions ont été utilisés pour rembourser les quelque 69 millions d'euros d'ORA (obligations remboursables en actions) émises par le journal. Le reste des fonds a été consacré à l'augmentation de capital (30 millions d'euros) et à la trésorerie (32 millions).

La recapitalisation du Monde marque un tournant dans l'histoire du journal dont les salariés ne sont désormais plus les premiers actionnaires. "Un bouleversement, un arrachement", écrit le conseil de gérance de la SRM dans une déclaration reproduite dans les pages du Monde, ajoutant que "dix exercices déficitaires consécutifs, des pertes cumulées de 200 millions d'euros et un mode de gestion déficient" avaient rendu cette issue "inéluctable".

Le Monde publie la "Charte d'éthique et de déontologie" mise en place à la demande des sociétés de journalistes pour définir les droits et devoirs des journalistes, des actionnaires et des dirigeants du journal.

Elle prévoit la création d'un comité d'éthique et de déontologique auquel sera soumis l'examen de questions relatives à l'indépendance éditoriale du journal.

Dans une tribune intitulée "Monde nouveau, nouveau "Monde"", le trio de repreneurs s'engage à promouvoir l'indépendance du journal tout en énonçant d'ores et déjà plusieurs pistes de réflexion : rythmes de parution, modalités d'organisation et complémentarités.

Gwénaelle Barzic, édité par Jean-Michel Bélot