BFMTV

Une société HLM jugée pour discrimination raciale et fichage ethnique

Immeubles d'habitation à Nanterre, le 15 décembre 2007.

Immeubles d'habitation à Nanterre, le 15 décembre 2007. - -

L'un des plus gros bailleurs sociaux d'Île-de-France est accusé d'avoir refusé un logement à un homme au motif qu'il était noir, et procédé à un "fichage ethnique" de ses locataires. Il comparaît vendredi devant le tribunal correctionnel de Nanterre.

Soupçonné de discrimination raciale, l'un des plus gros bailleurs HLM d'Île-de-France comparaît ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Nanterre. La plainte d'une homme pour ce motif, il y a neuf ans, à l'encontre de la société, a en outre mis au jour l'existence d'un fichier ethnique sur l'ensemble des locataires de la société.

"Il y a assez de Noirs dans cette tour"

Juillet 2005. Un employé de la RATP d'origine ivoirienne est mis en contact par son employeur avec Logirep, l'un des principaux bailleurs sociaux d'Île-de-France. Il visite un appartement, un trois pièce dans une tour à Nanterre, avant d'apprendre que son dossier est rejeté.

Lorsqu'il appelle pour obtenir de plus amples informations, un employé lui répond qu'il est "d'origine africaine, et qu'il y a déjà assez de Noirs dans cette tour". Sa mère, avec qui il vit, enregistre la conversation. L'homme porte plainte pour "discrimination raciale".

Lors de leurs auditions, les quatre membres de la commission d'attribution font front. Tous affirment avoir écarté son dossier pour trois raisons: le logement qu'il souhaite quitter n'est pas insalubre, contrairement à ce qu'il prétend, par conséquent sa demande n'est pas "prioritaire"; sa mère a déjà occasionné des troubles de voisinage; ce nouveau logement l'aurait éloigné de son lieu de travail.

"Alg" pour Algérie, "Gy" pour Guyane

Au cours des investigations toutefois, les enquêteurs découvrent que Logirep conserve informatiquement un fichier comportant des informations sur les origines raciales de leur locataires. A côté des noms sont, par exemple, inscrites les lettres "Alg" pour Algérie ou "Gy" pour Guyane. Ce qu'interdit la loi.

Du côté du bailleur, on continue néanmoins de déplorer un "acharnement". La direction de Logirep, qui gère 36.000 logements en Île-de-France, se dit "autonome" au regard des décisions prises par la commission d'attribution. Son avocat, Me Christophe Pech de Laclause, souligne que celle-ci est composée de "deux salariés de Logirep et deux représentants, l'un du maire et l'autre des locataires."

Plusieurs associations de lutte contre le racisme se sont portées partie civile.

M. T. avec AFP