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Un livre sur la grossesse demande aux femmes de ne pas faire leur "chochotte"

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Jean-Sébastien Evrard-AFP

Après la controverse sur l'épisiotomie, le débat sur les violences obstétricales revient avec un livre, qui évoque les touchers vaginaux lors de l'accouchement, et suggère aux femmes de "penser à autre chose". Un conseil leur est donné: ne pas faire sa "chochotte". Une forme de mépris, dénonce une blogueuse.

La controverse sur les violences obstétricales redémarre de plus belle. Après la polémique sur le taux d'épisiotomies, et alors que Marlène Schiappa a demandé un rapport au Haut Conseil à l'égalité sur la pratique, un livre vient relancer le débat sur les violences que subissent les femmes lors de l'accouchement. Initialement publié en 2009, le guide intitulé La Grossesse des paresseuses évoque, avec une légèreté dénoncée par certains internautes, les touchers vaginaux qui permettent d'évaluer la dilatation du col de l'utérus.

"Ce n'est pas le moment de faire sa chochotte"

À la question, dont la formulation peut surprendre, "mon intimité va se transformer en hall de gare. Vrai/faux?" le guide répond:

"La sage-femme va souvent passer pour mesurer la dilatation de votre col, par un toucher vaginal. Il se peut que d'autres personnes, que vous n'avez jamais vues de votre vie, passent par là et hop! vous tâtent aussi (...) vous aurez ainsi la chance de vous laisser tripoter par une demi-douzaine de personnes."

Le livre estime par ailleurs qu'il "suffit de penser à autre chose" et ajoute: "ce n'est pas le moment de faire sa chochotte".

"Ce moment si particulier dans la vie d'une femme"

Le guide - dont les premières pages sont consultables ici - a été publié par la maison d'édition Marabout, qui assure à BFMTV.com qu'aucune des éditrices n'est actuellement joignable. L'auteure est Anna Deville, qui se présente sur le Blog des paresseuses comme une "maman de deux charmants bambins". "Son expérience de la grossesse lui a permis d'écrire un guide drôle et savoureux pour partager avec les autres paresseuses ce moment si particulier dans la vie d'une femme", ajoute-t-il. L'auteure explique par ailleurs dans une interview que "l'humour" a motivé l'écriture de ce livre.

"En étant enceinte, j'en avais un peu assez de ce discours gnangnan qui vous fait croire que l'on va vivre neuf mois dans l'émerveillement total, les mains collées sur votre bidon, la mine réjouie et le sourire de Madone aux lèvres... Pour moi, la grossesse n'a pas été un long fleuve tranquille et je voulais un peu démystifier." 

"Le corps des femmes est à disposition"

C'est une internaute, Marie-Hélène Lahaye, auteure du blog féministe Marie accouche là, qui a relayé le passage controversé, regrettant que l'intimité des femmes soit "bafouée" et dénonçant un texte "culpabilisant".

Alors qu'elle dénonce sur son blog "la mainmise sur le sexe des femmes", Marie-Hélène Lahaye indique à BFMTV.com ne pas être surprise par ce type de publication.

"C'est tellement caractéristique des publications sur la grossesse. On retrouve ce type de message dans beaucoup de livres, plus ou moins édulcoré. Ce qui frappe, c'est que l'on dit aux femmes qu'elles vont subir l'inacceptable et qu'elles doivent l'accepter. À aucun moment on ne rappelle aux femmes le droit de dire non et le principe de consentement libre et éclairé. Derrière tout cela, il y a l'idée que le corps des femmes est à disposition et que tout le monde peut le toucher."

Le passage en question est vivement critiqué sur les réseaux sociaux. "Terrifiant", juge le médecin-blogueur Martin Winckler. Certains internautes dénoncent un discours "rétrograde", quand d'autres regrettent que ce type de publication "conditionne les femmes à subir des violences obstétricales sans broncher". Un utilisateur de Twitter juge par ailleurs ce guide "très choquant".

"Le nombre des touchers vaginaux doit être limité"

Pourtant, selon l'Organisation mondiale de la santé, "le nombre des touchers vaginaux doit être limité au strict minimum". L'OMS ajoute qu'"une femme ne devrait en aucun cas être obligée de se soumettre à des touchers vaginaux répétés ou fréquents effectués par plusieurs personnels soignants et étudiants." Si tel est le cas, son "consentement" est nécessaire, précise l'institution. Selon l'ordre des sages-femmes, les violences obstétricales sont "un sujet essentiel" qui "doit impérativement être étudié".

Mais pour Marie-Hélène Lahaye, l'écho que sa publication a reçu est le signe d'un changement progressif de perception.

"Aussi bien dans l'opinion publique que chez les médecins, une nouvelle conception de la gynécologie et de l'obstétrique émerge. La position paternaliste et la vieille garde des gynécologues, déconnectée de la réalité des femmes et méprisant ce qu'elles ressentent, est en train de laisser la place à des soignants plus à l'écoute, même si cela prendra plusieurs années."

Concernant le guide, qui n'est plus à la vente sur le site de l'éditeur, le passage sur l'accouchement n'est pas le seul à avoir été critiqué. Un autre paragraphe, sur "l'envie d'avoir un enfant", évoque le fait que "souhaiter être mère est inscrit dans vos gènes, c'est l'accomplissement naturel de votre féminité". Et ajoute: "En tant qu'être humain de sexe féminin, vous êtes programmée pour enfanter". Quant à celles qui ne souhaitent pas avoir d'enfant, "elles devront s'en justifier à tout instant".

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Céline Hussonnois-Alaya