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TVA sociale : quelles conséquences pour l’emploi et les prix ?

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La TVA sociale à 21,2%, présentée ce mercredi en Conseil des Ministres, permettra de créer "100.000 nouveaux emplois" d'ici 3 ans, estime le gouvernement. Des prévisions trop optimistes, selon des économistes, qui préviennent également que certains prix vont augmenter.

La TVA sociale est présentée ce mercredi en Conseil des Ministres. Elle prévoit de baisser de 13,2 milliards d'euros les charges patronales pour alléger le coût du travail (pour les salaires compris entre 1,6 et 2,4 fois le Smic). En compensation, le gouvernement veut relever la TVA de 19,6% à 21,2% au 1er octobre (ce qui rapportera 10,6 milliards par an) et augmenter de 2 points la CSG sur les revenus du patrimoine (ce qui rapportera 2,6 milliards).

« 30 000 emplois, au mieux… »

Quelles conséquences pour l'emploi ? Si l'objectif de cette mesure est bien de résorber le déficit de compétitivité, en baissant les charges salariales, le gouvernement souhaite aussi créer de l'emploi. Selon la ministre du Budget, Valérie Pécresse, le gouvernement espère que la TVA sociale permettra de créer "100.000 nouveaux emplois" d'ici 3 ans.
Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire Français des Conjonctures Economiques(OFCE), ne partage pas du tout ces prévisions du gouvernement. Selon lui, il faut plutôt s’attendre à « 25-30 000 emplois, si les entreprises jouent pleinement le jeu de la compétitivité ; c’est-à-dire qu’elles répercutent intégralement les baisses de charges dans les prix hors taxes ».

« Ça ne me servira absolument pas à embaucher »

Joëlle Briot, 57 ans, dirige une PME industrielle, créée il y a 80 ans et qui compte 29 salariés. Avec la TVA sociale, quel montant de charges va-t-elle économiser ? Et que va-t-elle faire de cet argent ? « Sur nos 1,5 million d’euros de salaires, on va peut-être avoir 25-30 000 euros de frais en moins. Mais ça ne me servira absolument pas à embaucher ; je suis obligée d’investir d’abord ».
D’autres, comme William Ellia, 54 ans, s’engagent. Il dirige Avirsolar, une TPE spécialisée dans les énergies renouvelables, créée en 2007 et qui compte aujourd'hui 5 salariés : « Sur 2000 euros de salaire net, la TVA sociale va faire baisser de 160 euros par mois environ. Avec cette exonération de charges, je m’engage à embaucher du personnel, pour produire plus ».

« Des hausses de prix dans l’automobile, l’agro-alimentaire… »

Le Président Nicolas Sarkozy promet que cette hausse de la TVA n'aura aucune conséquence sur les prix, arguant que les entreprises ne les augmenteront pas par crainte de perdre des parts de marché au profit de leurs concurrents.
Faux, lui répondent de nombreux économistes. Patrick Artus, directeur de Natixis parle de 0,5 point d'inflation en plus immédiatement ; Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants, de 0,6-0,7 en 6 mois. Selon eux, les prix vont augmenter car si les charges sociales vont diminuer, les entreprises françaises, malmenées notamment par la crise et la hausse des coûts salariaux depuis quelques années, ont des marges bénéficiaires trop faibles pour pouvoir absorber cette hausse de la TVA. « Il y aura des hausses de prix dans les voitures, le textile, l’habillement, l’agro-alimentaire, parce qu’il y aura besoin de reconstituer des marges », précise Patrick Artus.

La Rédaction, B. Smadja et M. de La Moissonnière