BFMTV

Torturés dans leur pays, des migrants déboutés du droit d'asile en France

Chaque année, 40.000 personnes sont déboutées du droit d’asile en France. Parmi elles, certaines ont pourtant subi des actes de torture dans leur pays d’origine. Un centre qui accueille ces demandeurs d’asile traumatisés pousse un cri d’alarme.

Certains migrants victimes de torture dans leur pays se voient refuser le statut de réfugié en France. C'est le constat formulé dans un rapport publié jeudi par le centre Primo Levi, qui dénonce des "failles" dans la procédure d'asile.

"Parmi les quelque 40.000 personnes qui sont chaque année déboutées du droit d'asile en France, certaines ont subi des actes de torture ou d'autres formes de violence politique", affirme ainsi le Centre Primo Levi dans ce rapport.

137 victimes suivies en 2015 déboutées du droit d'asile 

Le centre, dans son expérience d'accueil des victimes de la torture, témoigne que "plus de la moitié des patients suivis en 2015 ont été déboutés du droit d'asile" (soit 137 sur 260 au total). Mais "combien sont-ils en tout à passer à travers les mailles du filet", au point de "mettre en péril l'institution même de l'asile?" s'interroge le centre.

Les demandeurs ont obtenu l'asile à près de 37% depuis le début de l'année, selon les chiffres de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

"Failles dans la procédure"

Le rapport pointe ainsi plusieurs "failles dans la procédure": manque de prise en compte des troubles de mémoire "et autres effets du psychotraumatisme qui peuvent fausser le jugement", procédures "inadaptées" aux victimes de la torture, interprètes "pas toujours à la hauteur", avocats "pas toujours consciencieux". 

"C'est à la personne de faire la preuve qu'elle a été victime de torture", explique Serge Portelli, président de chambre près la cour d'appel de Versailles, à Primo Levi. Or "le psychotraumatisme détruit toutes les règles ordinaires de l'entretien. La vérité est alors presque impossible à déceler, ce qui explique que très peu de victimes soient reconnues comme telles dans la procédure d'asile".

Débouté car incapable de s'expliquer

Angès Afnaïm, médecin au centre Primo Levi reçoit ces demandeurs d'asile, victimes de torture ou de persécutions. L’histoire d’un jeune Afghan débouté de son droit d'asile, alors qu'il y avait droit, l’a particulièrement marquée.

"Il état complètement effondré et il se plaignait de perturbations énormes, qui commençaient par un flash dans la tête, des maux de tête absolument terribles, il se tenait la tête il était plié en deux, il fermait les yeux, et il était très difficile de revenir sur son récit et d'en dire quoi que ce soit. Et lorsqu'il est arrivé à la CNDA, il s’est retrouvé dans cet état-là", se souvient-elle. 

La CNDA, la Cour nationale du droit d’asile, lui refuse le statut de réfugié car il est incapable de s’expliquer. Agnès Afnaïm ne comprendra pourquoi qu’après plusieurs consultations supplémentaires. "Le flash dans la tête, c'était le feu des kalachnikovs avec lesquelles les talibans lui tiraient dessus pendant une course poursuite qui avait duré toute une nuit", explique-t-elle. 

A.S. avec Nicolas de Labareyre, Florian Brunet