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Tests VIH : pourquoi certains ne vont pas chercher leurs résultats

Dans l'hexagone, environ 50.000 personnes vivraient avec le VIH sans le savoir.

Dans l'hexagone, environ 50.000 personnes vivraient avec le VIH sans le savoir. - -

C’est la journée mondiale contre le sida, qui touche 34 millions de personnes dans le monde. Grâce aux traitements, moins de malades en meurent chaque année. En France, des millions de personnes se font dépister, mais certaines ne viennent pas chercher leurs résultats. Explications et témoignages.

Ce jeudi c’est la journée mondiale de lutte contre le sida. La pandémie touche 34 millions de personnes dans le monde. Presque 2 millions de malades meurent chaque année. Mais ce chiffre ne cesse de diminuer (-5% par rapport à 2009) grâce à un accès de plus en plus large aux traitements. Parallèlement, les traitements diminuent le risque de transmission du VIH. Et si les financements sont maintenus, les acteurs de la santé estiment même qu'il sera possible de venir à bout de l'épidémie.
Dans ce contexte, une autre nouvelle encourageante est venue des Etats-Unis, avec peut-être un premier pas vers un vaccin. Des chercheurs californiens sont en effet parvenus à protéger des souris contre le virus en une seule injection, grâce à un procédé analogue à la thérapie génique.

En France, l'épidémie de SIDA semble connaître une relative stabilité depuis 2007. Le nombre de nouvelles contaminations ne recule plus, il stagne entre 6000 et 7000. Cinq millions de personnes se sont faites dépister en 2010. Plus de 6000 d'entre elles étaient séropositives. Mais on estime que dans l'hexagone, environ 50.000 personnes vivent avec le VIH sans le savoir.

« Ils ont peur de savoir… »

Le docteur Patrice Sednaoui est le directeur du laboratoire de biologie médicale de l'institut Alfred Fournier à Paris. Dans son centre de dépistage, 5 à 6% des patients ne reviennent pas chercher leurs résultats. Comment l’explique-t-il ? « Cette remise de résultats ne peut être effectuée qu’aux vues d’un carton, qui a été remis avec un numéro d’anonymat. Il est probable que des patients perdent leur carton. Et il y a aussi ceux qui font la politique de l’autruche : ils ne veulent pas savoir, ou ils ont peur de savoir ; que ce soit un résultat négatif ou positif, c’est toujours ennuyeux. Pourtant, c’est très important que les patients viennent chercher leurs résultats, qu’ils prennent le temps de refaire cette consultation, qui est indispensable ».

« On ne demande pas à quelqu’un qui a un cancer comment il l’a attrapé ! »

Eric Fleutelot, directeur général adjoint de Sidaction, fait le même constat sur cette « peur du résultat » et ajoute : « On peut avoir du mal à comprendre pourquoi, mais la majorité des personnes séropositives, la première chose à laquelle elles réfléchissent, lorsqu’elles découvrent qu’elles sont séropositives, c’est : à qui vais-je pouvoir le dire ? Sans prendre le risque d’être jugé, sans prendre le risque d’avoir comme question "mais comment tu l’as attrapé ?". On ne demande pas ça à quelqu’un qui a un cancer. Je pense qu’une bonne partie de l’explication tient à la représentation de la maladie dans la société ».

« Se cacher la vérité, c’est la pire des solutions »

Jean-Luc Romero, conseiller régional d'Ile-de-France (apparenté PS) et malade du Sida, témoigne : « J’ai appris ma séropositivité en 1987, à un moment où il n’y avait pas de traitement. Donc évidemment, on avait déjà des frayeurs, d’aller faire un test et surtout d’aller chercher les résultats. Parce qu’à l’époque, quand vous appreniez que vous étiez séropo, c’était comme un avis de décès. Aujourd’hui, les choses sont totalement différentes ; et c’est là tout l’enjeu : dire aux gens d’aller se faire dépister et surtout aller chercher le résultat. Avec les progrès qu’on a pu faire, se cacher la vérité, c’est aujourd’hui la pire des solutions, pour soi et pour les autres ».

La Rédaction, avec Jean-Jacques Héry