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"Témoigner ne suffit plus": le Tumblr anti-harcèlement "Paye ta Shnek" tire sa révérence

Extraits de témoignages publiés sur le Tumblr Paye Ta Shnek

Extraits de témoignages publiés sur le Tumblr Paye Ta Shnek - Captures d'écran Paye Ta Shnek - Montage BFMTV

Créé en août 2012, ce compte Tumblr publiait jusque-là les témoignages de femmes victimes de harcèlement sexiste dans l'espace public.

"Je n’en peux plus. Je n’y arrive plus". Après avoir été témoin et victime d'énièmes agressions de femmes par des hommes, la blogueuse Anaïs Bourdet, fondatrice en août 2012 de la plateforme "Paye ta Shnek", a annoncé dimanche soir qu'elle arrêterait d'alimenter son Tumblr.

"Je n’en peux plus. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus à lire vos témoignages et à les digérer en plus des violences que je vis dès que je mets le pied dehors", a écrit la jeune femme. "Je n’ai pas ou plus les épaules, je suis épuisée et, honnêtement, terrorisée".

La blogueuse compte donc fermer le formulaire de contribution du Tumblr, arrêter de publier des témoignages et couper les commentaires. Cette plateforme (déclinée sur plusieurs réseaux sociaux par la suite), publiait depuis sept ans des témoignages de femmes ayant été victimes de harcèlement ou d'agissements sexistes dans l'espace public. Les témoignages déjà publiés resteront en revanche en ligne.

Très suivi, la plateforme rassemblait 226.000 abonnés sur Facebook, 22.000 sur Instagram et 29.000 sur Twitter.

"C’est un constat d’échec"

Pour la créatrice de "Paye Ta Shnek", la libération de la parole qui a suivi les mouvements "Balance ton porc" et "MeToo" ne va pas assez loin. "Témoigner ne suffit plus: rien n’a changé, les hommes sont toujours aussi violents", écrit-elle. Il faut passer à l'étape suivante, à l'action, et face à ce défi, la blogueuse se dit "démunie". 

"J’ai passé ces 7 dernières années, avec vous, à tout donner pour faire reculer ces violences, aux côtés des assos et collectifs qui se bastonnent aussi sur le sujet, et je n’ai pas réussi à observer le moindre recul. Oui, c’est un constat d’échec".

La blogueuse salue toutefois au passage les différentes initiatives lancées ces dernières années, les "formidables élans de solidarité, la tant espérée sororité". Ce lundi, le gouvernement a lancé le compte Twitter @arretonsles destiné à lutter contre les violences sexuelles et sexistes en sensibilisant victimes et grand public. Il orientera les femmes victimes vers des dispositifs d'aides.

Salomé Vincendon