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Tabac: le coup de com' d'un buraliste qui ne veut plus "tuer par procuration"

Cédric Prieur se dit "étouffé" par la mort lente de son commerce de tabac, dont il n'arrive pas à se défaire.

Cédric Prieur se dit "étouffé" par la mort lente de son commerce de tabac, dont il n'arrive pas à se défaire. - BFMTV.com

Dans le Gers, un buraliste de 39 ans a voulu attirer l'attention de la ministre de la Santé sur sa profession sinistrée en lui envoyant un courrier... mordant.

"J'ai une terrible prise de conscience, je ne veux plus tuer des gens en leur vendant du tabac qui assassine, sans que les consommateurs ne le sachent". Ainsi débute la lettre de Cédric Prieur, buraliste de 39 ans à Auch, dans le Gers. La lettre a été adressée à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, le 9 octobre dernier.

Vérification faite auprès de l'intéressé, il faut voir là de l'ironie: "J'ai simplement voulu attirer l'attention de la ministre sur nos conditions de travail infernales", raconte-t-il à BFMTV.com, sourire aux lèvres. Une apostrophe restée lettre morte pour le moment, alors qu'ils sont plusieurs, tous membres du groupe Facebook "Buralistes en colère", à avoir envoyé un courrier similaire à la ministre.

"Les 35 heures faites en trois jours"

Cédric Prieur possède une licence de tabac depuis neuf ans, et s'est installé il y a six ans dans le local qu'il occupe actuellement à Auch, avec une salariée. Obligés de se diversifier pour survivre, ils ont un coin librairie, une cabine photo automatique, et font dépôt de pain et reproduction de clés en plus des habituels jeux de grattage et paquets de cigarettes. Mais à la fin du mois, les salaires restent très maigres. "Je paye mon employée au SMIC. Moi, je me dégage seulement 600 à 700 euros chaque mois, car le remboursement du crédit de la licence me coûte 1.800 euros".

Un demi-SMIC pour un travail "6 jours sur 7", avec une amplitude horaire très large, "de 5h45 à 19h30". "Les 35 heures sont déjà faites en trois jours", soupire-t-il entre deux clients. Quant aux congés payés, il n'en a pas pris depuis des années. Un rythme qui l'a conduit à faire une croix sur son envie de fonder une famille.

"La licence de buraliste est devenue invendable"

Mais alors pourquoi ne pas changer de profession? "Je suis bloqué, comme bon nombre de buralistes. On est trop nombreux à vouloir vendre notre licence, c'est donc devenu quasi-mission impossible de se séparer de notre fonds de commerce", observe Cédric. Une sinistrose qu'il attribue à l'Etat, "qui force nos clients à aller s'approvisionner ailleurs, par la contrebande ou par-delà les frontières. Un exemple: quand je vends un paquet 7 euros, mon voisin espagnol, à 1h30 d'ici, le vend 4,50 euros". Résultat: entre janvier 2013 et janvier 2014, son chiffre d'affaires sur les ventes de tabac a diminué d'au moins 30%, selon ses estimations.

Dans son courrier, passé le ton humoristique, Cédric Prieur, lui-même ancien fumeur, demande solennellement à la ministre Marisol Touraine de réagir. "Soit on lisse les prix du tabac au niveau européen, soit l'Etat accepte de racheter ma licence, pour que je puisse changer de métier. Je veux changer de profession. Si c'était à refaire, jamais je ne choisirais de devenir buraliste".