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Suivie et harcelée par un inconnu jusqu'à chez elle, elle enregistre la conversation

Une manifestation contre le sexisme à Aix-en-Provence en 2012 (image d'illustration)

Une manifestation contre le sexisme à Aix-en-Provence en 2012 (image d'illustration) - Anne-Christine Poujoulat-AFP

"Non, non, y'a pas de 'ma belle', tu sors. Non, y'a pas de 'je monte. Sors, sors. Non, y'a pas de bisou." Une jeune femme a enregistré la conversation qu'elle a eue avec un inconnu qui l'a suivie et harcelée jusque dans son immeuble parisien. Il lui a fallu près de cinq minutes de négociations pour que l'homme s'en aille.

Elle a été suivie jusqu'à chez elle et a enregistré la conversation avec l'homme qui la harcelait. Roxane, une jeune femme âgée de 29 ans qui habite Paris, a diffusé l'enregistrement de ses "non" et ses "sors" répétés adressés à cet inconnu qui l'a suivie jusque dans son immeuble la semaine dernière. 

"Non, y'a pas de bisou"

Durant près de cinq minutes, Roxane demande à l'homme de la laisser tranquille et de s'en aller. La jeune femme lui répète qu'il n'a pas le droit de suivre les femmes, qu'elle n'est pas sa "belle" et qu'il ne doit pas rester ici. Mais ce dernier insiste et se montre entreprenant.

"Qu'est-ce que tu fais? Tu me suis? Tu vas où, là? T'habites ici? T'es sûr? On dirait pas trop. (...) Non, non, y'a pas de "ma belle", tu sors (...). Tu m'as suivie, t'habites pas ici, tu restes pas ici (...). Ça ne se fait pas de faire des trucs comme ça. Sors (...). Tu ne suis pas des filles comme ça chez elle, c'est quoi ces façons de faire. Tu sors. Non, y'a pas de "je monte" (...). Non, y'a pas de "t'es magnifique". Sors (...). Sors, sors, tu dégages (...). Tu suis pas des filles qui rentrent chez elle comme ça. Sors (...). Y'a pas de "ma belle", je suis pas ta belle. (...) Non, y'a pas de bisou."

"Tu ne seras pas sa victime"

Interrogée par le site Konbini, Roxane s'est sentie obligée de préciser qu'elle était "en jean, baskets, doudoune, bonnet". Et est revenue sur la tentative d'agression dont elle a été victime. 

"Alors que je monte les premières marches, je sens une présence dans mon dos. Je me retourne, je vois cet homme, son sourire malsain. Les secondes se font plus longues, mon intuition m'alerte (...) j’espère encore qu'il ne s'agit que d'un voisin. Les étages défilent, il ne rentre nulle part, je dois me rendre à l'évidence. Il me dit que je suis belle, il se rapproche de moi. Une petite voix débarque dans ma tête: 'Roxane, tu vas te faire agresser, Roxane, tu ne seras pas sa victime, il en est hors de question'."

"Je sais que t'es chaude"

Une expérience traumatisante: la jeune femme assure avoir cru qu'elle allait mourir.

"J'ai vécu ça comme une tentative de viol. Sa façon de me dire: 'Je sais que t'es chaude' à plusieurs reprises, son comportement, son regard dégueulasse, mon intuition s'est affolée."

En France, plus de six femmes sur dix ont commencé à être victimes de harcèlement de rue avant l'âge de 15 ans, rapporte une enquête internationale menée par l'association Hollaback! et l'université américaine de Cornell en 2014. Toujours selon cette même étude, 76% des Françaises ont déjà été suivies par un ou plusieurs homme(s) à tel point qu'elles ne se sont pas senties en sécurité. Ce qui a poussé une femme sur deux a changé sa manière de s'habiller.

Céline Hussonnois-Alaya