BFMTV

Sapin, cadeaux, étymologie: les réponses aux questions de Noël

crèche flottante à Saint-Jean-Cap-Ferrat

crèche flottante à Saint-Jean-Cap-Ferrat - VALERY HACHE / AFP

Noël est ancré si profondément dans les mœurs que les origines de ses traditions se perdent parfois dans le lointain. BFMTV.com fait ce lundi, jour de Réveillon, un point sur les questions qu'on peut se poser à l'occasion de la fête.

Noël, chacun en connaît les grandes lignes. Fête célébrant la naissance de Jésus, et fortement sécularisée au fil du temps, elle rassemble les familles autour de la table du dîner et près d'un sapin chargé de guirlandes et de babioles. Mais si l'on prend le temps de s'interroger, on s'aperçoit vite que rien ne tient de l'évidence s'agissant de ce grand rendez-vous: quel est l'étymologie de Noël? Pourquoi avoir fixé la célébration à cette date? D'où sortent sapin et père Noël? A-t-il fallu attendre le capitalisme moderne et la marchandisation pour s'offrir des cadeaux? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre. 

Pourquoi "Noël"? 

Il faut d'abord savoir de quoi on parle, c'est-à-dire s'entendre sur le terme. Sitôt prononcé, le mot "Noël" impose à l'esprit son lot de souvenirs et d'attentes. Mais son étymologie reste obscure à beaucoup. 

Selon le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL, émanation du CNRS), "Noël" vient de l'adjectif latin natalis, qui signifie "relatif à la naissance". Dans le latin des églises, on a vite parler de Natalis dies pour désigner la Nativité, la naissance de Jésus. Au prix d'une évolution impressionnante, natalis a fini par accoucher de "Noël". Pour éloigné de l'original qu'il puisse paraître, le terme est attesté dans sa forme actuelle dès le début du XIIe siècle. 

Jésus est-il né à cette date? 

Il n'existe aucun moyen de savoir à quelle date Jésus est venu au monde. Matthieu et Luc sont les seuls évangélistes à raconter sa naissance. Et les deux sont assez peu diserts sur le sujet. Avant de mentionner "la maison" où l'enfant est né, Matthieu se borne à un laconique: "Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand" (2,1). Luc , lui, décrit sans davantage de date:

"Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune." (2, 3-7)

Et le verset suivant semble même décourager l'hypothèse d'une naissance hivernale, bien que les nuits de Judée soient sans doute plus douces que les nôtres: "Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux."

Alors, pourquoi les chrétiens l'ont-ils choisie? 

Puisque le Nouveau Testament ne l'explique pas, il faut bien chercher ailleurs l'appropriation des 24 et 25 décembre par les chrétiens. On en retrouve une première trace en 204, dans le commentaire du livre de Daniel d'Hippolyte de Rome. Le pape Benoît XVI l'a rappelé en 2009 avant d'avancer un premier élément d'explication pour le choix de cette date par conséquent symbolique:

"Par la suite certains exégètes ont noté que l’on célébrait ce jour-là la fête de la dédicace du temple de Jérusalem, instituée par Judas Macchabée en 164 avant J-C. La coïncidence des dates signifierait alors que c’est avec Jésus, apparu comme lumière de Dieu dans la nuit, que se réalise vraiment la consécration du temple, l’Avènement de Dieu sur cette terre."

Une chose est sûre: les chrétiens fêtent Noël depuis 336 au moins. L'époque indique qu'il faut compléter l'origine hébraïque du choix du 25 décembre par un coup d'œil au calendrier du paganisme romain. A l'évidence, il s'agissait pour la jeune Eglise à la fois de se glisser dans un cadre déjà voué au symbole et à la spiritualité, mais aussi de contrer les païens sur leur propre terrain. En effet, le 25 décembre correspond à la fois au solstice d'hiver des Romains, au lendemain de la fête agricole des saturnales, et à partir de 270 à la fête du "Soleil invaincu". Les calendes de janvier n'étaient pas bien loin non plus. 

Pourquoi dresser et décorer un sapin? 

Les épicéas sont depuis des siècles associés à Noël. Ils se sont élevés pour la première fois sous le ciel de décembre dans la sphère germanique. La Croix a ainsi noté que le premier sapin de Noël est recensé à Sélestat (certes, situé dans le Bas-Rhin aujourd'hui mais relevant alors de l'autorité du Saint Empire romain germanique) en 1521. La ville lettone de Riga s'oppose en revanche à ce tableau, clamant que sa guilde de marchands a disposé le premier sapin en 1510. 

La coutume s'est en tout cas propagée tardivement à l'ouest. En France, la duchesse d'Orléans, originaire d'Allemagne, l'a introduit en 1837, puis les Alsaciens ayant choisi de quitter leur région natale pour rester français en 1871 en ont fait un phénomène national. Quant au choix d'un sapin plutôt que d'un autre arbre de Noël, La Croix lance cette question rhétorique: "Quoi de plus symbolique, au cœur de l’hiver, que des arbres aux épines toujours vertes, pour célébrer le retour de l’allongement des jours et du printemps ?"

Le sapin a aussi poussé sur une contrainte météorologique. A Noël, comme lors de toutes les grandes fêtes chrétiennes d'ailleurs, des "mystères", des pièces ou saynètes dépendant de l'imagerie religieuse, égaillaient le parvis des églises au Moyen âge. Pour représenter le jardin d'Eden, et la funeste tentation du fruit défendu, il fallait bien un arbre: or, dans l'est, et à la fin du mois de décembre, un sapin était encore le plus facile à dégoter. C'est encore à cette occasion qu'on a commencé à fleurir ses branches de décorations, des "oublies" rappelant les hosties, et des boules rouges... représentant la pomme du pêché. 

Pourquoi et depuis quand offre-t-on des cadeaux? 

Gisant près du sapin, repose la question fatidique des cadeaux de Noël. Là encore, l'explication chrétienne se double d'une origine païenne. La tradition des étrennes, sous la royauté romaine, se perd dans la nuit des siècles:

"Il était ainsi de coutume de s’offrir le jour du solstice d’hiver des étrennes – des pièces, du miel, des dattes… –, gages de bons augures pour les mois à venir : sans être vraiment religieuse, une dimension spirituelle présidait donc déjà à cette pratique", a développé Nadine Cretin, historienne des fêtes, auprès de La Croix

Les chrétiens surimposent alors un épisode des Evangiles. Retour à Matthieu. Ce dernier parle de "mages venus d'Orient" (que la tradition se chargera d'affubler du titre de roi et des noms de Balthazar, Gaspard et Melchior). Mis sur la voie par une étoile, ils vont rendre hommage au nouveau-né et lui offre des présents, nouant le schéma des cadeaux de Noël, promis à une belle postérité:

"Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe" (2, 11). 

Noël a toujours connu ces petites attentions, mais longtemps, on s'en est tenu aux denrées mangeables et périssables pour se rassasier après avoir dû faire maigre lors de l'Avent.

Et le père Noël dans tout ça?

A compter du XVIIe siècle toutefois, l'alimentation a commencé à céder ses droits à des cadeaux plus ludiques. Et l'origine du père Noël, à qui échoit la tâche de la distribution, est un peu nébuleuse. Selon l'historienne Martyne Perrot, qui a écrit Le cadeau de Noël. Histoire d'une invention, si son personnage, inspiré notamment de saint Nicolas, est signalé de temps à autre dans l'occident médiéval, il prend ses traits définitifs à compter du XIXe siècle. 

Robin Verner