BFMTV

Salaire des patrons : le « say on pay » débarque en France

La France va tester pour la première fois le système "say-on-pay" sur la rémunération des patrons soumise au vote consultatif des actionnaires.

La France va tester pour la première fois le système "say-on-pay" sur la rémunération des patrons soumise au vote consultatif des actionnaires. - -

Pour la première fois cette semaine, une entreprise française va se soumettre au « say-on-pay ». Le principe est simple : la rémunération des patrons est soumise à l’avis consultatif des actionnaires.

C'est la nouvelle arme à la mode pour lutter contre les salaires abusifs des grands patrons. Cela s'appelle le "say-on-pay", et Publicis sera mercredi la première entreprise de France à l'expérimenter sur un principe relativement simple : les actionnaires donnent leur avis sur le salaire du dirigeant. Il s'agit d'un vote purement consultatif lors de l'assemblée générale des actionnaires même si dans les faits, pour les salaires fixes, les bonus, les retraites chapeau, etc, la décision finale revient au Conseil d'administration. Publicis va donc, pour la première fois, soumettre au vote des actionnaires les salaires de Maurice Lévy son président (4.8M€), et d'Elisabeth Badinter la présidente du conseil de surveillance (240 000€ + jetons de présence).

L'Angleterre, bon élève

La semaine dernière, Pierre Moscovici annonçait qu'il abandonnait l'idée d'une loi sur les salaires des patrons du privé. Et il demande au Medef de généraliser cette pratique du Say on pay (un système qui est déjà obligatoire dans toutes les grandes entreprises des pays anglo-saxons depuis plusieurs années). Mais ce système à ses limites. Aux Etats-Unis, par exemple, les actionnaires approuvent dans 99% des cas les décisions patronales. Seule l’Angleterre fait figure de bon élève. Là-bas, les votes sont très médiatisés. Dans la banque Barclay's, l'année dernière, seulement 70% des actionnaires ont voté pour le salaire record du président qui a renoncé à une partie de sa rémunération soit 20 millions d’euros.

« Les actionnaires attentifs à l’emploi de leur argent »

Philippe Houillon est député UMP. Il milite depuis longtemps pour la mise en place de ce système. « Je crois que nous sommes au début d’un changement de culture. Les actionnaires, c’est leur argent qui fait tourner la société. Ils seront donc attentifs à l’emploi de cet argent, à la gestion de la société. S’ils estiment que telle ou telle rémunération excède les intérêts de l’entreprise, ils auront la faculté ce qui n’est pas le cas pour le moment d’exercer une sorte de contrôle sur la rémunération. Mécaniquement cela doit permettre de réduire les abus que nous avons connus ces dernières années ». 

« L’objectif des actionnaires n’est pas de limiter les salaires des patrons »

De son coté, Frédéric Palomino, professeur de finance à l'école de commerce Edhec, et spécialiste de la rémunération des dirigeants n’est pas convaincu par cette mesure qu’il estime inefficace. « Ça ne marche pas pour limiter la hausse des rémunérations. L’objectif des actionnaires n’est pas de limiter les salaires des patrons. Ce que veut un actionnaire, c’est une entreprise performante. Rémunérer et récompenser le patron quand l’entreprise est performante ne gêne pas les actionnaires. Ce qui gêne les actionnaires c’est quand les performances se détériorent et que les rémunérations ne baissent pas de manière proportionnelles ».

Actuellement en France|||

Aujourd'hui en France, ce sont les conseils d'administration qui décident des salaires. Les membres de ces Conseils sont souvent eux-mêmes d'autres grands patrons, qui donc se protègent entre eux. - Elisabeth Badinter est la 1e actionnaire de Publicis, à 9.2%, elle dispose donc de 9.2% des droits de vote sur son salaire

Tugdual de Dieuleveult avec Matthieu Moulin