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Actes antireligieux en France: la difficile appréhension des profils des auteurs

Le 11 février dernier,  des tags antisémites ont été réalisés sur des portraits de Simone Veil, dans le XIIIème arrondissement de Paris.

Le 11 février dernier, des tags antisémites ont été réalisés sur des portraits de Simone Veil, dans le XIIIème arrondissement de Paris. - Jacques Demarthon - AFP

Mardi, le ministère de l’Intérieur publiait les chiffres annuels sur les faits à caractères antisémites, antichrétiens et antimusulmans. Au-delà des données chiffrées concrètes, un flou persiste quant aux profils de ceux qui commettent ces actes.

“Tristesse”, “colère”, “consternation”... Les mots ne manquaient pas mardi après l’annonce de Christophe Castaner, qui a indiqué que les actes antisémites avaient progressé de 74% en 2018. Sur toute l’année, 541 actions ont été recensées. Parmi elles, 81 concernent des violences, des tentatives d’homicide et un homicide - celui de Mireille Knoll, le 23 mars - tandis que 102 concernent des atteintes aux biens. Des chiffres qui sont aussi en progression du fait de l’affinement du système de recueil de plaintes, en nette augmentation.

Le nombre des actes antichrétiens est pour sa part relativement stable, avec 1063 actes recensés en 2018, contre 1038 en 2017. Les actes antimusulmans, eux, sont à leur plus bas niveau depuis 2018, avec 100 faits recensés.

Infographie sur l'antisémitisme
Infographie sur l'antisémitisme © Louis Tanca - BFMTV

Dans le détail, ce chiffre de 74% recouvre plusieurs réalités, et une “extrême hétérogénéité”, explique Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) à la Fondation Jean-Jaurès. Ce dernier explique qu’au-delà de la libération de la parole, fortement constatée en marge des manifestations des gilets jaunes par exemple - ce chiffre indique également une “libération du passage à l’acte”.

"L’antisémitisme actif a changé de nature”

Les actions antisémites, de plus en plus décomplexées, sont pour le politologue l’oeuvre de personnes aux profils très hétérogènes. “L’antisémitisme actif a changé de nature”, analyse Jean-Yves Camus, qui ajoute qu’il ne vient plus uniquement de l’ultradroite, “comme ça pouvait être le cas dans les années 80 et 90”.

“L’ultragauche, qui fait preuve d’un antisionisme primaire, tient les juifs pour responsables de tout ce qu’il se passe au Moyen-Orient”, nous explique ce dernier, tandis que les actes commis par des personnes issues de l’immigration sont motivés par des préjugés très ancrés sur les juifs.

Ainsi, il est difficile de comprendre d’où vient exactement la violence, et donc d'y apporter une réponse adéquate. “Tant qu’il n’y aura pas une politique assumée, avec une peine dissuasive, ces actes continueront de progresser”, estime Jean-Yves Camus. “Il faut aller plus loin que la condamnation morale et que les auteurs sachent ce qu’ils risquent lorsqu’ils transgressent”, ajoute ce dernier.

Six églises visées depuis début 2019

Dans le cas des actes antichrétiens, encore une fois, peu d’informations existent sur les profils des auteurs. “Les autorités de police communiquent très peu à ce sujet”, indique Odon Vallet, spécialiste des religions. Et malgré un chiffre stable en 2018, le début de l’année 2019 a été marqué par de nombreux actes antichrétiens. En effet, au moins six Églises ont été la cible d’actes de vandalisme ou de profanation depuis le début de l’année.

“Il est important de distinguer la ‘profanation’ et le ‘vandalisme’, précise Odon Vallet, puisque qu’en fonction de cette distinction, les auteurs peuvent présenter des profils tout à fait différents”.

La profanation résulte d’un saccage de la “sainte réserve”, le tabernacle de l’autel dans lequel sont conservées les hosties.

Sur les 30.000 lieux de cultes chrétiens en France, tous les ans, il y a en moyenne 600 d’entre eux qui sont visés, ce qui représente environ 1,2% des édifices. “Ces nombreux actes de violences peuvent notamment s’expliquer du fait que les églises qui sont en territoires ruraux sont très peu voire pas du tout protégées”, dit Odon Vallet.

Quant aux actes antimusulmans, recensés au nombre de 100 en 2018, “c’est très paradoxal”, confie Jean-Yves Camus. Et d’ajouter: “Si les discours antimusulmans pullulent dans certaines sphères de la société, la violence n’est pas paroxystique”.

Valentine Arama