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Quelles sont les revendications des black blocs?

Des "black blocs" en tête de cortège à Paris le 1er mai 2018

Des "black blocs" en tête de cortège à Paris le 1er mai 2018 - Thomas SAMSON / AFP

Ce mardi 1er mai à Paris, des militants ont dégradé plusieurs boutiques sur le trajet initial de la manifestation avant d'affronter les forces de l’ordre. Appelés "black blocs", ils constituent un groupe hétérogène "avec pour dénominateur commun l'anticapitalisme", expliquent plusieurs spécialistes.

Cagoulés et vêtus de noir, près de 1200 manifestants ont pris la tête d'un cortège alternatif de 14500 personnes à Paris ce 1er mai, selon les estimations de la préfecture de police. Parmi les mots d'ordre affichés sur les banderoles brandies faces aux caméras des journalistes, certaines formules faisaient explicitement référence à la mouvance libertaire: "le black bloc colore nos vies", "nous sommes dans une colère noire". D'autres slogans, eux, mettaient en avant la violence comme moyen d'expression politique. "Risques de troubles à l'ordre public", annonçait ainsi une bannière. 

Ces menaces ont rapidement été mises à exécution. Des militants radicaux, surnommés "black blocs", ont notamment incendié un McDonald's et brisé un grand nombre de vitrines. La présence de ces individus avait été anticipée par la police, qui a reconnu avoir reçu des menaces faisant craindre un "1er mai en enfer". Mais leur nombre a surpris.

"Ce qui est sans doute nouveau, c'est le fait qu'ils soient 1200", alors que traditionnellement, "on est plus sur du 200 ou 300", a assuré Eddy Fougier, spécialiste des mouvements protestataires, sur RTL. "À mon sens c'est du jamais vu", a-t-il insisté. 

Le black bloc comme "tactique urbaine"

Arrivés par petits groupes pour ne pas être repérés, ces "black blocs", qui ont assuré sur une banderole mardi s'être "cette fois organisés", n'en restent pas moins un groupe hétérogène. En 2016, Rémy Piperaud, auteur d'un mémoire universitaire intitulé Radiographie du mouvement autonome, sur la présence de ces personnes cagoulées dans certaines manifestations à l'époque, assurait à Libération qu'il n'était "pas possible de regrouper toutes ces personnes sous une seule et unique appellation". "Le ministère de l’Intérieur les qualifie de 'militants d’ultragauche' ou d’'anarcho-autonomes', mais les intéressés rejettent généralement toute forme de catégorisation".

Et pour cause: le terme même de "black bloc" fait davantage référence à une "tactique urbaine", qui consiste à "manifester cagoulé et vêtu de noir afin de préserver collectivement l’anonymat militant", qu'à des personnes, comme le précise le chercheur Maxime Boidy dans sa thèse Le black bloc, terrain visuel du global. En somme, le black bloc est d'abord un mode opératoire. Apparu dans les milieux anarchistes et autonomes de l’ex-Allemagne de l’Ouest au cours des années 1980, il a rapidement fait l’objet de réappropriations à l’échelle transnationale, marquées notamment par le sommet de Seattle en 1999.

Une "défiance" envers le système

"Aujourd'hui, les personnes qui participent aux black blocs, ce sont une agrégation de militants souvent d'ultra-gauche réunis par un dénominateur commun: l'anticapitalisme. On y retrouve en général des groupes anarchistes, écologistes, féministes, étudiants... Et en Amérique du Nord, on remarque aussi régulièrement la participation des queers", détaille à BFMTV Francis Dupuis-Déri, professeur à l'université du Québec à Montréal (UQAM) et auteur de Penser l'action directe des Black Blocs

Pour le chercheur, la violence est utilisée par les membres du black bloc comme un moyen "d'attirer l'attention" et d'affirmer leur "défiance" envers le système capitaliste et les politiques menées par les gouvernements.

"Mais ils ne sont pas réformistes et, bien souvent, ils ne s'attendent pas à des améliorations et n'ont pas d'espoir de changement immédiat. Pour beaucoup, ce sont des gens qui militent dans des associations, ça peut être en faveur des sans-papiers ou pour l'écologie. Le black bloc n'est qu'un moment d'expression de leur colère: il n'a pas de hiérarchie et n'existe que le temps de la manifestation", analyse encore Francis Francis Dupuis-Déri.

Dans un billet publié sur le site Conversation, il rappelle d'ailleurs que cette violence est même souvent qualifiée par certains universitaires de "symbolique" et "assimilée à de la performance artistique". "Il s’agit de profaner des symboles du capitalisme", écrit-il, même si "certains usent, cependant, de divers moyens afin de défendre la manifestation contre les forces de l’ordre, voire attaquent ces dernières avec divers projectiles".

"Ce sont des gens qui sont contre le capitalisme, ça regroupe une mouvance d'extrême gauche, mais il y a aussi des gens qui n'en peuvent plus, qui sont mécontents du système", soulignait ce mercredi matin sur RMC Julien, black bloc depuis cinq ans. Dans son intervention, il confirme que "casser des boutiques" est pour lui une manière "d'exprimer un ras-le-bol". "Ce n'est que du matériel, les gens en ont marre".

Une "agrégation de toutes les radicalités"

Et dans le contexte français actuel, comprendre ce "ras-le-bol" demande à prendre en compte les "différents fronts qui existent", souligne sur notre antenne Eddy Fougier:

"L'évacuation de Notre-Dame-des-Landes, ce qui se passe notamment dans les occupations d'universités: on peut estimer que dans les personnes qui se sont réunies hier (mardi 1er mai, NDLR) pour des actions assez violentes, il y a l'agrégation de ces différents courants. Je remarque d'ailleurs que du côté du McDonald's il y avait un sigle ALF, et ALF ce n'est pas nécessairement l'ultra-gauche, mais c'est le Front de Libération Animal. Ça veut dire qu'il y avait aussi des radicaux animalistes. Donc je dirais qu'on a cette dimension d'agrégation de toutes les radicalités".

Pour le spécialiste, sur les 1200 militants recensés, il y a très certainement "un noyau dur de militants qui sont là pour des raisons idéologique émeutières, insurrectionnelles, révolutionnaires", car "on a vu hier les drapeaux avec le marteau et la faucille, il y a des sigles communistes, donc c'est l'idée effectivement d'insurrection révolutionnaire".

Mais il y aurait selon lui "sans doute" aussi quelques "opportunistes" venus profiter du désordre "pour vulgairement parlant 'casser du flic', 'casser de la vitrine', et éventuellement récupérer des marchandises".

M.P