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Quand les USA draguent nos banlieues

Chaque année, l'ambassade américaine consacre 3 millions de dollars à des projets réalisés dans les banlieues françaises.

Chaque année, l'ambassade américaine consacre 3 millions de dollars à des projets réalisés dans les banlieues françaises. - -

Chaque année, les Etats-Unis dépensent 3 millions de dollars dans... nos banlieues ! Cet intérêt des Américains pour la « diversité française » a un objectif : s'assurer, face aux risques d'attentats, les bons égards de la communauté musulmane. Enquête sur cette étonnante opération séduction.

Dans l'une des notes diplomatiques publiées par le site Wikileaks, les Etats-Unis reprochent à la France « de ne pas considérer ses compatriotes à la peau sombre et musulmans comme des citoyens à part entière ». L'Oncle Sam inquiet de la situation dans les banlieues françaises ? Oui. A tel point que l'ambassade américaine à Paris consacre chaque année 3 millions de dollars pour y financer des projets.

Exemple à la Grande-Borne dans l'Essonne. Grignywood, une association culturelle, a eu la surprise de recevoir récemment une enveloppe de 5.000 dollars pour la réalisation d’un dessin animé. Omar Dawson, fondateur de l’association, apprécie de travailler avec l’ambassade américaine : « Quand ils apprécient votre projet, il n’y a pas le côté paternaliste qu’on rencontre parfois. On retrouve beaucoup de respect et d’écoute ».
Cet été, il a même été convié à rencontrer le réalisateur Woody Allen, de passage à Paris.

Ce type d'investissement américain est loin d'être isolé. Chaque année, par exemple, l’ambassade américaine organise des repas dans les quartiers pendant le ramadan, avec 200 invités.
Pour Paul Patin, porte-parole de l’ambassade américaine, ces efforts s’inscrivent sur le long terme : « Depuis le 11 septembre 2001, nous nous intéressons davantage au monde musulman. Nous essayons de nous faire comprendre et de les comprendre ».

Crainte du terrorisme mais pas seulement...

En clair, l'objectif principal des Etats-Unis est d'aider et accompagner les jeunes issus de l'immigration, afin de les éloigner d'éventuelles tentations islamistes et soigner leur image auprès d'eux. Mais Washington s'est également aperçu d'un intérêt politique : s'assurer les bonnes grâces de ceux qui seront peut-être les décideurs de demain.
« Sur cette question des quartiers et de la diversité, ils ont vingt ans d’avance » assure Kamel Hamza, conseiller municipal UMP de la Courneuve. « Ils ont bien compris que dans vingt ans, Kamel Hamza sera peut-être sénateur ou ministre, ou qu'un autre sera peut-être maire d’une ville ou député. Ils ont tout intérêt à l’aider et à le promouvoir pour discuter avec lui ».

Ces efforts importants, qui s’apparentent parfois à du lobbying, ne dérangent pas Enoch Effrah. Porte-parole du collectif 13e round, il travaille régulièrement avec l’ambassade américaine : « Ils sont là sur le terrain comme devrait l’être un homme politique. Si le lobbying, c’est créer du réseau et permettre aux gens d’exploiter leur potentiel, alors vive le lobbying ! ».