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Prix du lait : les producteurs en colère

Les producteurs de lait reviennent à la charge, mécontents de la non-application par les groupes Lactalis, Bongrain et Bel d'un accord de 2009 sur la hausse du prix du lait.

Les producteurs de lait reviennent à la charge, mécontents de la non-application par les groupes Lactalis, Bongrain et Bel d'un accord de 2009 sur la hausse du prix du lait. - -

Au lendemain de manifestations et à la veille d’une réunion des syndicats agricoles mécontents de l'échec de l'interprofession à s'entendre sur le prix du lait, reportage en Haute-Garonne, où des producteurs racontent leurs difficultés et leur colère.

Les principaux syndicats agricoles se réunissent ce mercredi afin de décider des prochaines actions pour protester contre l'échec de l'interprofession à s'entendre sur le prix du lait. Hier lundi, de nombreuses manifestations ont eu lieu en France, en particulier dans la région Midi-Pyrénées où des dizaines d'éleveurs se sont mobilisés devant les préfectures départementales pour demander à l'Etat d'appliquer les "accords de juin 2009 sur le mode de fixation du prix" du lait.
Reportage à Toulouse avec les producteurs de lait de la Haute-Garonne.

« On perd de l’argent tous les jours »

Fabrice Esculier, producteur de lait à Villematier, compte 45 vaches laitières et produit 400.000 litres de lait par an. Installé depuis le 1er janvier 2009, aujourd’hui il se voit « mal continuer la production comme ça » et explique ce qu’il attend de l'Interprofession et de l'Etat : « Savoir quel prix on va être payé en juillet et on voudrait vivre décemment de notre production, avec des prix qui font plus que couvrir nos coûts de production, qui sont aujourd’hui de 350 euros les milles litres et on nous paye le lait à moins de 300 euros ; donc on perd de l’argent tous les jours. »

« Beaucoup vivent de la production laitière, sauf le producteur »

Jean-Michel Bersia, producteur de lait dans le nord du département, a le sentiment que sa profession est abandonnée : « Le litre de lait payé au producteur 27 centimes, est revendu en moyenne entre 80 centimes et 1 euro. Le transformateur a juste à le stériliser et à le mettre dans une boîte. C’est inadmissible, on ne peut pas continuer à travailler dans ce contexte-là, alors qu’on sent très bien que dans la filière, beaucoup de gens vivent de la production laitière, sauf le producteur ».

« Que l’Etat joue son rôle de gendarme »

Faisant lui aussi le constat que les producteurs de lait sont en grande difficulté, Yvon Parayre, président de la FDSEA (fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) de la Haute-Garonne, appelle l’Etat à ses responsabilités : « Economique et humainement, il y a des situations qui ne sont plus supportables sur ce département. On a perdu une trentaine d’exploitations de producteurs de lait. Je ne vois pas comment on peut continuer à payer du lait sans que les producteurs soient rémunérés de leur travail ; je ne sais pas quelle catégorie socioprofessionnelle pourrait accepter cela. Donc, que l’Etat joue son rôle de gendarme et fasse appliquer les accords tels qu’ils ont été signés à une époque. Sinon, on n’est plus en France, on est dans un pays de voyous ! ».

Un lait équitable, pour « prouver qu’on peut partager les marges »

Et pour être payés au prix juste, les producteurs français devraient bientôt lancer leur "lait équitable". Une production maîtrisée de bout en bout par les petits producteurs, de la ferme jusqu'au supermarché en garantissant des prix acceptables pour les exploitants et une transparence sur la qualité. Un projet mené par la fédération européenne des laitiers. En France, l'APLI (association des producteurs de lait indépendants) y participe. Les premières briques de "lait équitable" pourraient être produites en Poitou-Charentes dès novembre.

Et pour Pascal Massol, président de l'APLI, si ce lait équitable n’est pas vraiment la solution au problème du prix du lait, « c’est au moins une solution pour prouver à tous qu’on peut rémunérer du lait à 40 centimes le litre aux producteurs, tout en produisant des produits de qualité et que toute la filière peut vivre décemment. On veut prouver qu’on peut partager les marges, poursuit-il, sans subvention, sans aide de l’Etat ou de qui que ce soit. La filière laitière est assez riche pour rémunérer tous les gens qu’elle fait travailler ».

La Rédaction, avec JW. Forquès et S. Delpont