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Prison requise contre un ancien instit devenu vendeur d'armes

Un armurier est jugé pour avoir remis en état de marche des armes de guerre, puis de les avoir vendues. (Photo d'illustration)

Un armurier est jugé pour avoir remis en état de marche des armes de guerre, puis de les avoir vendues. (Photo d'illustration) - Jean-Christophe Verhaegen - AFP

Par "passion", il avait abandonné son poste d'enseignant pour se consacrer à la construction et la vente de silencieux pour armes. Quand son commerce a capoté, il a ensuite remis en état de marche des fusils mitrailleurs dédiés aux collectionneurs. Neuf ans de prison été requis contre lui.

Le prévenu invoque "une passion", la procureur retient plutôt "l’appât du gain". Un ancien instituteur, reconverti en armurier par correspondance, est actuellement jugé au Tribunal correctionnel de Paris. Il est accusé d’avoir remis en état de marche des armes de guerre, avant de les vendre en direction du grand banditisme et au nationalisme corse.

Jeudi soir, une peine de neuf ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers, ont été requis contre cet homme, Emmanuel Toschi, âgé de 49 ans.

Selon toute vraisemblance, alors que le procès devait se terminer ce vendredi, le jugement devrait être mis en délibéré.

"Je vois l’objet, pas la violence"

Comment passe-t-on d’enseignant à vendeur d’armes de guerre? "J'ai la passion de la mécanique des armes depuis l'âge de 5 ans", a-t-il raconté à l'audience.

Ce grand homme au visage massif et au nez aquilin, a confié avoir appris le métier d'armurier "sur le tas". S’il a fait des études de lettres avant de devenir enseignant, il a préféré tout quitter pour vivre du travail de ses mains. Et peu importe ce qu’advenait l’arme une fois vendue.

"Moi, je vois l'objet métallique, pas la violence ni la délinquance", a exprimé l’ancien professeur. Une passion qui présentait en plus l’avantage d’être des plus lucratives.

"Un chiffre d'affaires de 15.000 euros par mois"

Tout a commencé par la fabrication de silencieux. "Je les vendais par correspondance entre 50 et 265 euros, frais de port inclus, pour un chiffre d'affaires de 15.000 euros par mois", s’est-il remémoré à la barre. A l’époque légal, son commerce "Direct Import Ventures" s’est effondré le jour où, avec la promulgation d’une nouvelle loi en 2012, les silencieux se sont trouvés assimilés à la même catégorie d’armes qu’ils accompagnent. Son chiffre d’affaire se voit amputé des trois quarts.

C’est alors que l’idée de remettre en état des fusil et des pistolets neutralisés lui est venue. Un ami rencontré lors d’une foire aux armes, Jean-Marie Secrettand, lui promet alors de lui trouver "des clients". Des gens liés au grand banditisme et au nationalisme corse, pour la plupart, dont les noms n’ont pas été donnés. Un fusil mitrailleur kalachnikov acheté 600 euros à un collectionneur et remis en état de marche pouvait se vendre jusqu’à 2.500 euros. Dès lors, le commerce se montre rapidement florissant.

Un arsenal impressionnant

Tout bascule quelques mois plus tard, en septembre 2012. Des policiers de l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO) découvrent un véritable arsenal militaire dans un box… loué par Emmanuel Toschi à Danjoutin, non-loin de Belfort.

L'inventaire est tout bonnement impressionnant: une trentaine de fusils d'assaut et de fusils mitrailleurs, une vingtaine d'armes de poing, 30 kg d'explosifs, 53.000 cartouches et plus de 500 kg de munitions diverses s'y trouvent impeccablement rangés dans des armoires métalliques.

En poussant l’investigation, les forces de l’ordre mettent ensuite la main sur des plans de fabrication d'armes, des pièces détachées et des machines-outils lors d'autres perquisitions dans une société d'outillage et aux domiciles de l'ancien instituteur et de sa mère.

Des collectionneurs?

Si Emmanuel Toschi est rattrapé par la justice, il réfute être lié au grand banditisme. "Aucun élément tangible du dossier ne permet de le relier" à ce milieu, a affirmé son avocat, Me Jacques Semionoff. Mon client "a certes franchi la ligne jaune en vendant ces armes", mais il pensait "avoir affaire à des collectionneurs".

Pourquoi, donc, franchir ce Rubicon? "La passion", une fois encore. "Une arme neutralisée, c'est comme une voiture en panne, ça passionne pas les foules", a justifié Emmanuel Toschi. Un version pas assez convaincante aux yeux de la procureur Anaïs Trubuilt, qui a estimé que c'est bien l'appât du gain qui a conduit l'armurier à se lancer dans la "remilitarisation".

Le jugement, dans ce procès où quatre aux personnes sont jugées, doit être mis en délibéré ce vendredi soir.

Jérémy Maccaud avec AFP