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Pourquoi les féministes dénoncent les arrêtés anti-burkini

Les associations féministes Les effronté-e-s, Osez le féminisme, les Femen ou encore la militante féministe Caroline de Haas dénoncent les arrêtés anti-burkini pris par plusieurs communes, y voyant notamment une "nouvelle oppression des femmes voilées".

Après la diffusion des photos d'un contrôle de police sur une plage de Nice, montrant une femme, turban sur les cheveux, soulevant devant les policiers municipaux sa tunique - sans qu'il s'agisse d'un burkini donc - des personnalités ou associations féministes dénoncent les arrêtés anti-burkini qui ont fleuri dans plusieurs communes du littoral français ces derniers jours. Et alors que le débat s'emballe, le Conseil d'Etat, juridiction de dernier recours, examine jeudi à 15h la légalité des arrêtés anti-burkini.

"On s'en prend aux femmes musulmanes"

Invitée de BFMTV ce mercredi, la militante féministe Caroline de Haas, a dénoncé le contrôle policier niçois. "En demandant aux femmes d'enlever leur tunique, on ne favorise pas du tout le "vivre ensemble", on fracture la société", a-t-elle jugé. "Là on ne parle pas du burkini (un costume de bain islamique, contraction de burqa et et bikini, Ndlr) on parle d'une tunique. Donc on va interdire les tuniques dans la rue? C'est ça l'étape d'après? C'est complètement délirant."

"On s'en prend comme par hasard une fois de plus aux femmes et aux femmes musulmanes. Pendant ce temps, les responsables religieux qui eux imposent leurs dogmes à tout le monde, on les laisse bien tranquilles", s'est-elle encore alarmée. 

"Injuste et contreproductif"

Dans un communiqué publié mercredi, l'association Les Effronté-e-s s'est dite "extrêmement choquée" par le cas d'une femme voilée verbalisée sur une plage à Cannes le 16 août. "Par quel détours retors le voile et le burkini, dénoncés comme étant sexistes, deviennent-ils les instruments d'une double peine?", poursuivent les Effronté-e-s.

"Comment peut-on dénoncer le voile comme moyen d'oppression des femmes, interroger les pratiques religieuses qu'elles subissent, et dans le même temps, les violenter dans l'espace public à cause de lui?". "Ce procédé est intolérable, absurde, injuste et contreproductif", a jugé cette association, estimant que "le voile n'a à être interdit, ni à l'université ni dans l'espace public".

"Double manipulation"

Dans un communiqué distinct également diffusé ce jour, Osez le Féminisme estime que les femmes de confession musulmane sont "les grandes perdantes" des arrêtés anti-burkini publiés depuis début août par plusieurs maires de villes côtières, étant les "victimes d'actes d'humiliation, sur fond de racisme et de sexisme, depuis plusieurs jours sur les plages françaises".

Condamnant les arrêtés anti-burkini, l'association estime qu'une "double manipulation est à l'oeuvre, qui stigmatise les femmes voilées": d'une part celle des fabricants de vêtements de mode dite "pudique", qui "se frottent les mains", et "de ceux pour qui le voile devrait être obligatoire pour les femmes musulmanes"; d'autre part une "manipulation de ces édiles locaux qui, à défaut de faire des politiques sociales aptes à endiguer l'exclusion (...), préfèrent s'attaquer à une catégorie de femmes, livrées à la vindicte raciste".

"Pas mieux qu'une dictature"

Sur Twitter, le mouvement féministe Femen a qualifié le burkini de "sexiste", "mais si nous interdisons aux femmes de le porter, nous ne sommes pas mieux qu'une dictature". 

V.R.