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Pourquoi le personnel des Ehpad se met en grève mardi

Maison de retraite. (illustration)

Maison de retraite. (illustration) - ROMAIN LAFABREGUE / AFP

La grève d'une ampleur inédite sera nationale mardi dans les maison de retraites. Le malaise y est grand tant chez les résidents que pour les personnels qui y travaillent.

"Il y aura du monde", a prévenu Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT dans une interview au Parisien. Dans les Ehpad, en langage commun les Maisons de retraite, les conditions de travail dénoncées par les personnels qui pointent un manque de moyens alimentent la grogne. Une grève nationale, première du genre, est à l'agenda mardi. Des débrayages dans les établissements et des rassemblements sont prévus dans toute la France, notamment devant les Agences régionales de santé, ont précisé les syndicats.

Pourtant, la ministre de la Santé avait lâché du lest, jeudi. Sur RTL, elle avait annoncé qu'"en plus des 100 millions inscrits au budget 2018 de la Sécurité sociale", "50 millions d'euros vont être donnés aux Agences régionales de santé pour qu'elles puissent accompagner au cas par cas, en fonction des difficultés, les Ehpad qui souffrent aujourd'hui d'un manque de moyens".

Un geste que les syndicats jugent clairement insuffisant. Tout comme les personnels des Ehpad qui l'ont qualifié de "broutille", de "pansement pour une jambe de bois". BFMTV.com fait le point sur les principales revendications et craintes des personnels des Ehpad.

> Un agent pour un résident

Au 31 décembre 2016, près de 728.000 personnes âgées étaient prises en charge dans un des 6900 Ehpad publics, privés non lucratifs et privés commerciaux, selon la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA). Nous ne sommes pas assez nombreux clament les personnels des Ehpad.

Parmi ses principales revendications, ce mouvement unitaire demande l'application d'un ratio d'"un agent pour un résident", la moyenne étant actuellement de 0,6, a précisé Pascal Champvert, président de l'AD-PA.

Pas assez de temps pour les pensionnaires

Marie, infirmière de 58 ans, a témoigné auprès de RMC de son quotidien. "La prise en charge n’est pas bien faite, on a l’impression de bâcler notre travail que ce soit moi ou mes collègues. On n’arrête pas de courir. C’est compliqué et pour nous et pour eux, parce que les pauvres, ils sont un peu bousculés", explique-t-elle. "On est à la limite de la maltraitance", ajoute-t-elle.

> Abandon de la réforme tarifaire en cours

Tous réclament aussi l'abandon d'une réforme tarifaire initiée en 2017, qui prévoit d'aligner progressivement jusqu'en 2023 les dotations aux Ehpad publics et privés. 

Crainte de suppressions de postes

Cette réforme, qui "va se traduire par des suppressions massives de postes, est unanimement rejetée", a affirmé Luc Delrue (FO). 

Danger de voir des établissements pénalisés

  • Interrogée mardi à l'Assemblée nationale, Agnès Buzyn avait réaffirmé que cette réforme serait poursuivie, promettant un accompagnement financier. 

Sur le terrain la perception est pourtant différente. "On manque de sous: avec la convergence tarifaire, il y a une tentative d'égaliser les budgets entre établissements, et on tire le système vers le bas", constate avec amertume Denis Cousin, médecin coordonnateur et élu CFDT à la maison de retraite de Caffiers, liée à Desvres par un même conseil d'administration.

Les 50 millions annoncés ne suffiront pas à compenser "le manque à gagner pour les établissements publics de 200 millions d'euros", selon le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Frédéric Valletoux.

> Un management prenant davantage en compte l'humain

Aux manques d'effectifs et de moyens s'ajoutent les maladresses du management et les méfaits du "benchmarking".

Du "Taylorisme appliqué à l'humain"

  • A ces contraintes chiffrées s'ajoute une souffrance liée aux consignes, selon Denis Cousin de l'Ehpad de Desvres: "Ce qu'on a appris de l'industrialisation et du taylorisme on l'applique à l'humain, serrer un boulon c'est devenu passer une serviette. Or un vieux, s'il fait quatre fois caca le matin, il a besoin de quatre fois plus d'attention..."

Des conditions de travail dégradées

Beaucoup de personnels se plaignent d'une dégradation de leurs conditions de travail, d'une souffrance. A l'issue d'une rencontre à huis clos avec les personnels de l'établissement de Chevreuse, Agnès Buzyn s'est dite consciente, depuis son arrivée au ministère, de l'"urgence des besoins". 

> La retraite 

Régimes spéciaux, réserves des caisses de retraite, base de calcul des pensions, plus favorable aux fonctionnaires (6 derniers mois) qu'aux salariés du privé (25 meilleures années), âge de départ et la durée de cotisation, la grande réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron, comporte des dossiers explosifs.

David Namias avec AFP